Chapitre 24 - Greyback récidive
Suite à cette incartade, ni Rogue ni Harry ne s'adressèrent plus la parole. Décidés à s'ignorer superbement, ils s'arrangeaient pour ne jamais se trouver simultanément dans la même pièce. Harry passait beaucoup de temps dans sa chambre à essayer de trouver de quelle façon ils pourraient bien s'y prendre pour mettre la main sur ce fichu serpent, et il avait désormais acquit la certitude qu'il faudrait attaquer Voldemort le plus vite possible une fois que ce serait fait. Déjà parce qu'il y avait de grandes chances pour que le serpent soit proche de son maître et qu'il ne faudrait pas laisser passer cette chance, et ensuite parce que Voldemort voudrait remplacer son Horcruxe, et peut-être même se méfier et vérifier si les autres étaient bien à leurs places. Il faudrait donc attaquer simultanément les deux. En attendant, il n'y avait aucune alerte quelconque. L'AD de terrain ne pouvait pas faire grand chose, mis à part s'entraîner le plus possible, apprendre de nouveaux sortilèges et tirer les vers du nez des différents membres de l'Ordre qui passaient en coup de vent. L'Ordre qui, justement, devait se réunir une nouvelle fois début Mai. Le soir où Tonks devait rentrer (soir que l'on pouvait facilement identifier au large sourire de Remus ce matin là) était également celui ou devait se tenir la réunion – à huit clos, comme de bien entendu. Pour une fois, cependant, ce ne serait pas Fol-¼il qui se déplacerait de Poudlard, mais le professeur McGonagall. Cela intriguait les six jeunes gens qui, malgré leurs questions insistantes, n'obtinrent aucune explication. Le six Mai au soir, après avoir rapidement salué Tonks, ils furent donc priés de quitter le salon et s'éclipsèrent dans la chambre de Luna et Ginny, devenu le quartier général bis étant donné qu'il y avait deux lits, ce qui permettait de s'assoire plus confortablement.
Une fois les deux heures de réunion terminées, Mme Weasley vint embrasser ses enfants et dire à tout le monde qu'ils pouvaient redescendre dans le salon et que le dîner allait bientôt être servit. Ils sautèrent aussitôt sur leurs pieds pour descendre les aider à mettre la table. L'effectif de personnes présentes avait fondu très brusquement. Même Bill et Fleur étaient partis. Il n'y avait plus que la Directrice du collège, Mr et Mme Weasley et Kingsley en plus des personnes habituelles. Le repas fut sympathique et agréable, même si la présence du professeur McGonagall semblait empêcher la traditionnelle décontraction de quelques personnes lors d'un aussi copieux festin. Harry et Ron remontèrent peu après pour bavarder dans leurs chambres. Au bout d'une heure, un peu étonnés de ne pas voir Hermione revenir du salon où elle s'était attardée pour discuter avec Kingsley, ils descendirent voir ce qu'elle faisait. Harry glissa son bras autour de la taille de Ginny qui se balançait sur une chaise et Ron se laissa tomber de l'autre coté.
-Tu as vu Hermione ? demanda-t-il.
-Oui, bien sûr, répondit Ginny. Elle est juste devant la cheminée, avec le professeur McGonagall. Elles font une partie d'Echecs, précisa-t-elle.
-Une partie d'Echec ? répéta Ron, un grand sourire éclairant aussitôt son visage.
Il se leva, s'approcha des deux joueuses et les regarda quelques instants. Le professeur McGonagall tendit la main pour prendre un fou.
-Si j'étais vous, je ne ferais pas cela, professeur, dit Ron. Si vous bougez le fou, vous pouvez être mat en deux coups.
Elles levèrent toutes les deux les yeux vers lui.
-Vraiment ? Comment cela ? demanda la Directrice.
-Là, regardez : Hermione pourra amener sa tour ici, pour protéger le cavalier au coup suivant. Mat à l'étouffé, expliqua-t-il.
Le professeur McGonagall le regarda avec une certaine surprise.
-J'ai une idée, s'exclama joyeusement Hermione. Pourquoi vous ne feriez pas une partie, tout les deux ? De toute façon, j'ai déjà perdu la précédente, peut-être que ça changerait, cette fois. Allez-y, remettez les pièces, je te laisse ma place, dit-elle rapidement en se levant.
-Oui, pourquoi pas, approuva le professeur McGonagall en souriant. J'aimerai beaucoup disputer une partie avec vous, Mr Weasley. Du moins, en direct... ajouta-t-elle, rappelant la partie d'Echecs géants que Ron avait gagné quelques années plus tôt, dans les sous-sols du château.
-Pourquoi remettre les pièces ? demanda Ron en s'asseyant sur le pouf où Hermione se trouvait juste avant. Elle est très bien, cette partie...
-Ron... Je sais que tu es très doué aux Echecs, mais le professeur McGonagall à un fou et deux pions de plus que moi ! Ce n'est pas l'idéal pour bien commencer une partie... fit remarquer Hermione.
-Bah, c'est pas grave, ça pimente un peu l'épreuve, dit-il joyeusement. Il faut vivre dangereusement !
-Hum... oui... Pas trop dangereusement tout de même, marmonna Mme Weasley qui passait devant eux.
Ron s'installa, demanda quelques minutes pour bien examiner le jeu dans son intégralité, puis bougea une pièce – le cavalier. Méfiante, le professeur McGonagall changea prudemment la position d'un pion pour parer à ce que lui avait dit Ron. Pendant plus d'une demi-heure, Ron arrangea ses pièces jusqu'à avoir une situation de défense bien implanté. Ensuite, il commença à attaquer, avec astuce et stratégie, comprenant les subtilités et les faiblesses de son adversaire. Petit à petit, il rattrapa le retard que lui avait légué Hermione, ramenant les deux camps à égalité. Au bout d'une heure et quart de partie acharnée qui avait fini par rassembler tout le monde autour des deux challengers, Ron fronça les sourcils, se mordilla les lèvres, fit des gestes apparemment incohérents au dessus du plateau, puis fit claquer sa langue contre son palais. Très calmement, il avança un pion d'une case, lui faisant ainsi atteindre la rangée adverse, annonça « Dame », échangea le pion par une Dame et adressa un léger sourire au professeur McGonagall.
-Echec et Mat, professeur. Vous n'auriez pas dû bouger votre tour, ça m'a donné le champ libre pour amener le pion à transformation.
Il y eu un murmure admiratif dans le public tandis que la professeur de métamorphose serrait la main du virtuose.
-Félicitation, Weasley, dit-elle, impressionnée. Vous êtes un grand joueur d'Echecs.
Ron ne répondit pas, mais une certaine fierté passa sur son visage. Il se contenta d'agiter rapidement sa baguette pour faire revenir à leurs places les pièces d'Echec. Pour une fois – la première fois – il était le premier de sa famille. Car, même si son grand-père qui lui avait apprit à jouer était talentueux, il l'avait déjà battu de nombreuses fois. Et cette fois, il était vraiment le tout premier.
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Ron n'eut pas vraiment l'occasion de jouer aux Echecs dans les deux ou trois jours qui suivirent. D'abord parce que personne ne voulait se risquer contre « Celui qui a vaincu McGonagall », comme le baptisèrent les jumeaux à qui on avait raconté l'anecdote, et ensuite parce qu'il n'en eu pas vraiment le temps. Non pas que quelque chose de spécial se passa, mais le quotidien pouvait être chargé tout en restant passablement monotone. La pleine Lune approchait. En fait, elle arriva le sur-lendemain de la réunion de l'Ordre. Harry et Ginny étaient en train de jouer aux cartes avec Neville tandis que Ron et Hermione bavardaient près de la cheminée quand Remus passa la tête par la porte du salon.
-Bon, et bien bonsoir tout le monde, dit-il de sa voix douce.
Tonks, qui travaillait à la table, releva la tête.
-Tu t'en vas ? Pourquoi ? Où vas-tu ? demanda-t-elle, surprise.
Pour toute réponse, Remus lui adressa un sourire un peu désenchanté et haussa les épaule en désignant d'un geste le calendrier accroché dans un coin d'ombre.
-Oh... bredouilla Tonks, gênée. D'accord...
-Bonsoir, répéta Remus à mi-voix.
-Vous partez tôt, s'étonna Ginny. Il est à peine sept heures, la nuit ne tombe pas avant deux heures !
-Je me méfie, sourit-il. Mieux vaut partir tôt, on ne sais jamais qui on risque de croiser dehors !...
Il y eu quelques rires un peu embarrassés.
-Je... Je peux venir ? demanda timidement Tonks.
-Pardon ? lâcha Remus, ahurit.
-S'il te plais... J'aimerais bien que tu me fasses visiter ta maison. Je ne suis jamais allée chez toi, fit-elle doucement remarquer.
Il hésita un instant. En effet, il ne l'avait jamais emmené chez lui.
-D'accords, mais je te préviens, je reste rarement assez longtemps pour faire le ménage, dit-il, après un instant d'hésitation. Une façon pour te prévenir qu'il y aura de la poussière !
Ils rirent tous les deux.
-Pas de problème, pouffa-t-elle, je m'en chargerais ! Ma mère m'a toujours dit que savoir faire le ménage était un grand atout dans un couple, je mettrais ses conseils en application !
Tout le monde éclata de rire. Remus lui prit la main et ils sortirent après avoir souhaité une bonne nuit aux quelques jeunes – qui s'abstinrent prudemment de répondre de même...
Ils transplannèrent presque simultanément à quelques mètres d'une petite maison perdue dans la campagne, avec un petit bois environnant et une véritable jungle de mauvaises herbes.
-Il va bien falloir que je me résolve à passer la tondeuse, soupira Remus, mi-amusé mi-impatienté.
Tonks se mit à rire mais regarda la maison blanche au toit rouge avec des yeux brillants. Malgré que l'un des volets en bois soit à moitié tombé, malgré le jardin digne d'une serre de Botanique, malgré l'absence de lumière à l'intérieur et de rideaux aux fenêtres, elle avait l'air chaleureuse. Il émanait quelque chose de cette habitation un peu abandonnée qui la rendait accueillante. Sans hésiter, Tonks s'approcha de la porte et effleura le marteau à tête de chat qui permettait de s'annoncer. Le chat avait l'air de sourire entre ses moustaches, comme s'il détenait un secret taquinant. Remus s'approcha à son tour et donna deux tours de clef. La porte s'ouvrit dans un grincement, précédant les bruits de pas du couple.
-Voilà voilà, dit Remus en s'avançant dans l'entrée et en soulevant des volutes de poussière à chaque pas. J'aurait aimé que ce soit présentable, mais au moins, c'est naturel, dit-il, un peu embarrassé. Fait attention aux toiles d'araignée, il y en a toujours partout.
Tonks enroula son doigt autour d'un fil d'Ariane qui traversait la pièce en regardant autour d'elle. L'endroit n'était pas particulièrement sale ou désordonné il fallait juste l'entretenir un peu. Le mobilier était sobre et simple, mais joli, avenant. Il manquait peut-être une pointe d'éléments personnels, qui prouvait plus la solitude et une certaine tristesse du propriétaire qu'un coté négligé. D'ailleurs, avec le peu de temps que Remus passait ici, il paraissait assez logique qu'il n'ai pas vraiment fait attention à la décoration. Tonks se tourna vers lui avec un sourire très doux.
-Tu me fais visiter mon nouveau domaine ? murmura-t-elle.
Il resta quelques instants sous le choc de ce qu'elle venait de dire, trop touché par ses paroles pour réagir.
-Volontiers, dit-il enfin. Bienvenu chez toi. La visite commence par ici, ajouta-t-il en l'entraînant vers le salon, sur sa gauche.
Il y avait au rez-de-chaussée l'entrée, avec un salon à gauche, une grande bibliothèque directement liée au salon – la bibliothèque semblait être le seul endroit vraiment fréquentée, étant donnée l'aménagement – puis un bureau double dont seule une partie était aménagée, une salle d'eau, une porte arrière qui donnait sur une terrasse envahie par la végétation, une petite salle à manger très élégante, puis enfin la cuisine qui donnait sur l'entrée. En face de la porte de la cuisine, juste à coté du mur ouvert vers le salon, il y avait un escalier droit qui montait à l'étage. Là, Tonks découvrit une grande chambre avec sa salle d'eau privée, une autre chambre sur le même mur, puis deux autres ainsi qu'une grande salle de bain/buanderie en face. Mis à part la grande chambre, toute les pièces étaient presque entièrement vides. En redescendant, Tonks vit qu'une porte dissimulée se devinait sur le mur en face de la porte d'entrée.
-Et là, dit Remus en devançant sa question, c'est la cave.
Tonks ne s'étendit pas sur les sous-sols de la maison.
-Tu sais ce qu'on dit, à la fin d'une visite ? demanda-t-elle.
-Quoi-donc ?
-« N'oubliez pas le guide... », sourit-elle malicieusement.
Elle posa ses lèvres sur les siennes.
-C'était un beau pourboire, murmura Remus lorsqu'elle s'écarta de lui quelques secondes plus tard.
Il s'apprêtait à le lui rendre lorsque qu'une vielle horloge sonna huit heures et demi.
-Elle retarde, soupira-t-il en passant une main dans les cheveux de Tonks. Je dois y aller.
Tonks acquiesça tristement. Il se dégagea doucement, s'avança vers la porte et prit une clef caché dans la rainure. La porte, blanche et lisse, donnait sur un escalier sombre qui se terminait par une autre porte, en métal gris, celle-là. Malgré lui, un voile d'appréhension passa dans les yeux de Remus. Il descendit les dix-sept marches, marches qu'il avait compté et re-compté des dizaines de fois, puis il ouvrit la lourde porte en fer plein. Derrière, il y avait une grande pièce vide, très haute et complètement nue. Deux soupiraux grillagés, très minces (à peine dix centimètres de haut, ou peut-être quinze) laissaient filtrer quelques rayons de lumière crépusculaire. La cave contrastait incroyablement avec le reste de la maison par son aspect froid, dur, sinistre, presque menaçant. Avec un très long soupir, Remus tira sa baguette de sa poche, se hissa sur la pointe des pieds et posa la baguette sur un support placé très haut sur le mur.
-Tu fermeras derrière toi ? demanda-t-il doucement à Tonks, qui l'avait suivit en silence. D'habitude, je ferme moi-même la porte, mais puisque tu es là... Ne barre pas la porte d'en haut, c'est inutile.
Tonks le regarda, les yeux brillants de larmes contenues. C'était tellement triste...
-Remus, commença-t-elle, mais il l'interrompit.
-Non, Dora. Tu ne peux rien faire pour moi, sauf refermer la porte.
Il traversa la pièce et s'appuya contre un mur, en la regardant. Ses yeux étaient déjà vitreux comme s'il avait de la fièvre.
-S'il te plais, Tonks. Ferme cette porte.
Tonks déglutit et hocha légèrement la tête. Elle prit la poignée de la lourde porte, fit un pas en arrière pour la tirer, puis la claqua, après lui avoir fait un dernier signe d'au revoir. La porte se referma dans un bruit sourd. Chassant les larmes qui ruisselaient en silence sur ses joues, Tonks sortit sa baguette et barra solidement la porte, avant de remonter en courant les dix-sept fatidiques marches et de repousser la porte blanche derrière elle, les mains tremblantes. Elle se força à ne pas éclater en sanglots.
-Allons, c'est lui, et pas toi, qui doit subire ça. Ne pleure donc pas comme une idiote, il reste calme, lui, et pourtant c'est beaucoup plus dur pour lui que pour toi, se morigéna-t-elle.
Elle regarda autour d'elle avec détermination. Rien de tel contre une grosse déprime qu'un peu d'activité. Rester sans bouger à se morfondre ne serrait d'aucune utilité. Courageusement, elle fit un grand mouvement de la baguette et passa à l'action.
Tonks s'étira dans son demi sommeil. Elle se trouvait dans la grande chambre à l'étage, vêtue d'un pyjama qu'elle avait fait apparaître. Elle n'avait pas envie de se lever. Elle s'était couchée très tard la veille, tellement tard qu'il en était même très tôt, et malgré le soleil qui s'obstinait à lui titiller les paupières, elle se décida à paresser encore un peu sous les couvertures. Elle entendis vaguement la vielle horloge sonner sept heures et demi.
-Elle retarde, marmonna Tonks. Il faut que je me lève.
Elle poussa un grand soupir et se leva. Même si on était samedi, elle avait des chances d'être appelée en urgence au bureau, aussi valait-il mieux être prête. Après une rapide toilette de chat, elle s'habilla et descendit à la cuisine. La maison lui était déjà familière. Elle n'eut pas à chercher cinq minutes pour trouver tasses, assiettes, couverts, coquetiers et sachets de thé – Earl Grey parfum vanille, son préféré. Elle prépara le petit déjeuner et s'attabla, satisfaite de son ½uvre. Elle attaquait son deuxième toast lorsqu'un claquement sourd résonna des profondeurs de la maison, rapidement suivit par le grincement de la poignée de la porte blanche. Remus, pâle, les yeux cerclés de grandes cernes noires, l'air absolument exténué, sortit de la cave sans faire très attention à ce qui l'entourait. Il fit un pas en direction de la cuisine... Et s'arrêta net. Son regard un peu brouillé par le manque de sommeil venait d'accrocher la petite table dans l'entrée, celle où il posait toujours ses clefs. D'habitude, le bois un peu sec et poussiéreux se fondait dans la couleur terne du mur que le temps et le manque d'entretien avait rendu cendreux, mais là, ce jour là, la table brillait, le bois d'acajou avait retrouvé toutes les nuances du neuf et il ressortait élégamment sur le mur d'un beau vert-herbe pâle aux plinthes blanches. Les clefs de Remus étaient toujours là, mais posées sur un napperon de feston blanc, à coté d'un pot de fleurs séchées. Remus écarquilla les yeux. Il regarda le sol. Le parquet ciré brillait comme un miroir. La petite fenêtre sur la porte d'entrée avait un minuscule rideau en dentelle fine. Les murs avaient été passés à la grande eau. L'air lui-même était différent : tout sentait le propre et le frais. Remus tourna sur lui même, le temps de voir les escalier aussi brillant que le parquet, la rampe lustrée, le plafond exempt de toute toile d'araignée... Muet de stupeur, émerveillé, il se tourna vers la cuisine, où Tonks, assise à la table, beurrait un toast. Remus entra dans la pièce. Ici aussi, tout étincelait.
-Oh, bonjour Remus, dit joyeusement Tonks en se levant. Tu as une bien petite mine, soupira-t-elle en lui caressant une joue creusée.
-B-bonjour, bredouilla-t-il. Je... Je veux dire, tu... Tu as tout... Tout est complètement...
Tonks éclata de rire.
-Je n'avais pas trop le c½ur à dormir, alors autant faire quelque chose d'utile, dit-elle. Je n'ai pas touché à ton bureau, mais les livres de la bibliothèque sont impeccables, maintenant, assura-t-elle. Tu devrais aller faire un tour, c'est fou ce qu'un peu de dépoussiérage peut faire dans une maison !
Remus la regarda avec des yeux ronds, la bouche entrouverte. Cédant à sa pression et à la curiosité, il retraversa l'entrée, passa au salon, puis à la bibliothèque, puis à la salle à manger, avant de monter à l'étage et de revenir dans la cuisine. Partout, dans toute la maison, telle une vraie fée du logis, Tonks avait tout nettoyé. Les cuirs et les boiseries avaient été cirées, les fenêtres était propres et ornées de rideau, les murs étaient lavés, le plafond avait été passé au plumeau, les tapis aspirés, les pièces aérées. Chaque table avait sa nappe, ici toute blanche, là avec un liseré bleu clair ou rouge cerise, ou même décoré de motifs divers tels que papillons colorés ou plumes de Focifères extravagantes. Sur la table du salon, il y avait un gros bouquet de fleurs aux parfums légers, sur celle de la salle à manger, une large coupe de fruits appétissants. Ici ou là, Tonks avait rajouté un pouf, une tablette, une plante verte... Le fauteuil vert sombre râpé que Remus affectionnait tant dans la bibliothèque était recouvert d'une cretonne qui le rendait comme neuf. A l'étage, les pièces, à défaut d'être beaucoup plus aménagées, avaient au moins des lits fait et étaient recouverts de pardessus chatoyants. Tout resplendissait de fraîcheur et la maison avait l'air aussi habité que chaleureuse. Remus, confondu devant la métamorphose de l'intérieur, prit Tonks dans ses bras et la serra contre son c½ur.
-Merci, murmura-t-il. Merci de tout c½ur. Merci de ce que tu as fait, merci d'être là, merci d'être entrée dans ma vie. Merci pour tout. Tu es merveilleuse. Tu es stupéfiante, et merveilleuse.
Tonks ne répondit pas et se laissa câliner quelques instants avant de se dégager de son étreinte. Elle plongea de grands yeux sérieux dans les siens et chuchota
-Je t'ai laissé la tondeuse.
Ils éclatèrent de rire.
Malgré cet impératif absolu, Remus et Tonks décidèrent de repartir au 12. Le jardin attendrait qu'ils aient fini les rapports qu'ils avaient à faire. Néanmoins, Remus, beaucoup trop enchanté par sa « nouvelle » maison, se promit de revenir passer un week-end prochain avec la jeune femme, histoire de réparer le volet et de donner un coup de sécateur à la haie. Lorsqu'il passèrent la porte du quartier général de l'Ordre du Phénix, un peu avant neuf heures, ils étaient réellement heureux. Tout deux auraient eu besoin d'un peu de sommeil en plus, histoire de rattraper une nuit agité, mais même si la fatigue se lisait sur leurs visages, et surtout sur celui de Remus, leur sourire était contagieux. Lorsque Ginny, qui sortait du salon au moment où ils entraient, leur souhaita bonjour, elle se mit inconsciemment à sourire largement, et Ron et Hermione firent de même quelques instants plus tard lorsqu'ils passèrent dans la pièce maîtresse de l'antique bâtisse. Harry, en revanche, ne riait pas du tout. Plongé dans le journal, il paraissait même franchement horrifié.
-Bonjour Harry, dit Tonks. Qu'est-ce qu'il y a ? Encore des mauvaises nouvelles ?
-B'jour... oui, de très mauvaises nouvelles... une autre attaque de détraqueurs, heureusement repoussé par quelques sorciers, mais ça, par contre, c'est épouvantable...
-Quoi donc ? demanda Hermione en s'approchant.
-Un incendie, pas loin d'ici, à Londres. Apparemment, ce serait accidentel, mais les pompiers n'arrivent pas à l'éteindre, il a prit beaucoup d'ampleur. C'est une vieille maison, le feu à prit tôt ce matin, vers cinq ou six heures. Attendez, je vous lis l'article : « ...les voisins, surpris dans leur sommeil, ont immédiatement prévenue les pompiers moldus, ce qui complique la tâche des sauveteurs sorciers. A l'heure qu'il est, le feu n'est pas circonscrit et les pompiers n'ont pas pu pénétrer dans le bâtiment. On reste sans nouvelles du couple Wilber qui vivaient ici... »
-Wilber ? Répéta Tonks, frappée d'horreur.
-Oui, Wilber, dit Harry en cherchant le nom dans l'article pour s'assurer qu'il ne s'était pas trompé. Pourquoi ? Tu les connais ?
Pour toute réponse, Tonks lui arracha le journal des mains et le parcouru, paniquée.
-Attends, dit Remus, les Wilber, ce ne serait pas...
Il laissa sa phrase en suspend et s'approcha de Tonks pour lire le reportage en même temps qu'elle. La photo d'illustration montrait une vieille maison en flammes, avec des secouristes qui se pressaient dans la rue. Remus regarda l'image et pâlit encore plus que ce qu'il ne l'était. Tonks poussa un hurlement d'effroi.
-Qu'est-ce qui ce passe ? s'inquiéta Harry. Qui sont ces gens ?
Tonks fondit en larmes et courut hors de la pièce.
-Dora ! Attends ! s'exclama Remus en se précipitant derrière elle.
En moins de dix secondes, ils étaient sortis tout les deux et avaient transplanné dans la rue du sinistre. Juste au moment où ils arrivaient en courant, ils virent quelques pompiers sortir deux civières sur lesquels deux draps noirs avaient été rabattu, couvrant deux corps. Tonks poussa un cri strident et se rua vers le périmètre de sécurité.
-CAROLIIIINE ! CAROLIIIINE ! DOUGLAS ! NOOONN ! CAROLIIIIIIINE !
-TONKS ! NON ! ATTENDS ! Hurla Remus en la ceinturant fermement par derrière pour l'empêcher de se jeter dans le rayon des flammes géantes qui projetaient des souffles de chaleur intense et des débris de verre.
-CA-RO-LIIIINE ! s'époumona Tonks en se débattant pour rejoindre son amie, refusant de croire au pire.
-Arrête ! Tonks ! Calmes-toi ! rugit Remus qui luttait pour la retenir. Arrête, tu ne peux plus rien pour eux !
-Qu'est-ce qui ce passe ? Cria un secouriste en courrant vers eux. Qui êtes vous ?
-Remus Lupin, répondit celui-ci en soutenant Tonks qui pleurait désormais contre sa poitrine, ivre de douleur. Et Nymphadora Tonks. Nous sommes des amis de la famille, nous venons d'apprendre dans le journal ce qui c'était passé.
-Je vois, dit l'homme en les entraînant vers l'ambulance. Je suis désolé. Il vaudrait peut-être mieux confier cette jeune femme à mes collègues, pour lui donner un calmant, proposa-t-il en constatant l'état de choc que Tonks.
-Non ! Non, je ne veux pas ! Je veux les voir ! sanglota-t-elle.
-Dora, ce serait mieux, je t'assure. Il a raison, tu es bouleversé, il est inutile de les voir comme ça, ce n'est pas cette image que tu voudrais garder d'eux.
Tonks se laissa tomber sur un chariot de secours, sans force, et deux infirmière vinrent s'occuper d'elle. Elle ne protesta même pas quand l'une des femmes lui fit une injection d'anti-anxiolytiques. L'homme, pendant ce temps, demanda à voix basse à Remus de l'accompagner. Voyant que Tonks était entre de bonne mains, Remus acquiesça et le suivit.
-Ecoutez, je comprends votre émotion, mais il faut que quelqu'un reconnaisse les corps des deux victimes... je crois qu'elles n'ont plus aucun parents ?
-Non, en effet, soupira Remus. Tonks était la seule véritable amie de la famille. Caroline était sa meilleure amie depuis qu'elles avaient onze ans.
-Je comprends, répéta l'homme en hochant la tête. Il vaut peut-être mieux lui éviter cette épreuve...
-Oui, je préfèrerait. Je connaissait les Wilber de vue, je pourrait les identifier à sa place.
-Je vous remercie, dit le pompier. Je dois vous prévenir qu'ils... euh... Ne sont pas dans un bel état...
-Ils ont été... calcinés ? demanda Remus.
-N-Non, pas vraiment, répliqua l'autre, gêné. En fait, c'est très surprenant... Ils ne sont pas morts à cause de l'incendie, ils ont été tués.
-Tués ? Vous voulez dire assassinés ? C'est un meurtre ?
-Non, dit l'homme en fuyant le regard de Remus. C'est très étrange. On dirait qu'ils ont été... Mordus.
-Mordus ? s'étrangla Remus. Comment cela ? Que voulez vous dire ?
-La vérité, marmonna le sauveteur, mal à l'aise. Ils ont été mordus par un animal. C'est ça qui les a tué, ils ont le visage et les bras couverts de morsures et la gorge ouverte. C'est réellement épouvantable... Et ce n'est pas possible qu'un humain ait fait une chose pareille. Ce sont bien des morsures animales, on dirait des marques de crocs de chien. De très gros chien. Voir même... Je sais que ça paraît invraisemblable, mais... On dirait des morsures de... De... De loup.
Remus tituba et fut un instant sur le point de s'évanouir. Il commençait à comprendre. Douglas et Caroline Wilber étaient des sorciers, et Tonks lui avait raconté qu'ils avaient eu mailles avec un ami de Greyback. La situation s'expliquait.
-On les a retrouvés en bas, dans la cuisine, continua l'homme. On sait que le feu à prit là-bas, on a trouvé un chandelier à moitié consumé près d'un rideau, c'est de là que c'est partit. Et dans le salon, une fenêtre basse, proche de la rue, a été brisée de l'extérieur. Il y a des bouts de verre partout dans la pièce, et non pas à l'extérieur comme une explosion due à la chaleur le ferait. Il y a donc eu effraction.
-Le journal disait qu'il s'agissait d'un accident...
-On ne sais pas trop quoi dire aux journalistes, vous savez... et puis, ce n'est pas comme si un fou s'était amusé à les larder de coups de couteau, ce n'est pas un meurtre...
« Si, justement », pensa Remus en son fort intérieur. Arrivé près des corps et avec une déglutition de très mauvaise augure, le secouriste releva les draps qui couvraient les visages de Douglas et Caroline Wilber. Remus flageola. L'homme n'avait pas mentit, c'était proprement abominable. Retenant difficilement son envie de vomir, Remus hocha la tête. C'était bien eux.
-Je vous remercie, dit l'homme en se hâtant de faire disparaître de sa vue des deux visages lacérés, déchiquetés.
Ils revinrent vers Tonks. Le calmant semblait avoir un peu agit. Bouleversée, elle regardait devant elle sans rien voir, les yeux rouges, incapable d'intégrer l'agitation autour d'elle, sans prise à la réalité, mais au moins calme. Trop calme, peut-être. Lorsqu'elle vit Remus, elle se leva lentement et l'interrogea du regard. Elle tremblait. Sans un mot, il renouvela son geste et acquiesça légèrement. Elle se remit à pleurer, doucement, et il la prit dans ses bras. L'euphorie de la matinée semblait à des années lumières de là.
-Et Timothy ? demanda Remus à mi-voix, sans être certain de vouloir entendre la réponse.
-Timothy ? répéta le pompier en fronçant les sourcils, sans comprendre.
-Oui, insista lentement Remus. Leur fils. Leur bébé de deux ans...
L'homme secoua la tête, inquiet.
-Nous n'avons vu personne de plus...
-Comment ça ? protesta Tonks en redressant la tête. Il ne s'est pas volatilisé ! Vous avez bien fouillé partout ?
-Nous n'avons pas pu atteindre l'étage, répondit l'homme. Mais...
Il ne put finir. Très distinctement, derrière eux, un hurlement d'enfant s'éleva de la maison en flammes. Les yeux de Tonks et de Remus s'emplirent de terreur.
-TIMOTHY ! Hurlèrent-ils en c½ur.
Les yeux de Tonks et de Remus s'emplirent d'effroi.
-TIMOTHY ! Hurlèrent-ils en c½ur.
Remus n'hésita pas. Il lâcha Tonks et en courut droit vers la porte.
-EH ! protesta le secouriste. Vous ne pouvez pas passer ! Tout va s'effondrer d'un instant à l'autre ! Arrêtez-le !
Deux pompier barrèrent le passage devant Remus et essayèrent de le ceinturer, mais il se dégagea et plongea au c½ur du brasier. En passant la porte, il fut suffoqué par une atroce chaleur. Tout autour de lui brillait d'un éclat orange, rougeoyant, malsain. Les flammes ravageaient tout. Remus, ébloui et étouffé par les gaz asphyxiants, s'arrêta un instant. Les vagissements de Timothy retentirent une nouvelle fois et Remus comprit qu'il se trouvait à l'étage. Or, il n'y avait qu'un escalier pour atteindre les chambres, et celui-ci était en feu. Remus ramena sa cape sur le bas de son visage et monta prudemment les marches calcinés. Arrivé en haut de l'escalier, son pied traversa la dernière marche, le projetant à terre. Il bondit pour s'extirper du piège et roula sur le palier, avant de se remettre debout et de frapper vivement la jambe de son pantalon qui commençait à fumer, ayant traversé la marche en feu. Il y avait tellement de fumée autour de lui qu'il ne voyait plus rien. Des larmes ruisselaient de ses yeux brûlés par les gaz. Il sortit sa baguette et hurla « Fontainiaguamenti ! » entre deux quintes de toux. Aussitôt, de l'eau jaillit en pluie de sa baguette, comme un bouclier de bruine. Une relative fraîcheur l'envahit et il put reprendre un peu son souffle.
-Timothy ? appela-t-il d'une voix rauque. Timothy ! Tim... Eurheu hreuh, Timothy !
Le petit garçon se remit à hurler. Remus se laissa guider par ses cris et se trouva devant une porte bloquée. Ne voulant pas briser son sortilège de bouclier d'eau, il enfonça la porte mangée par les flammes d'un coup d'épaule et se retrouva dans la chambre relativement préservée du petit bonhomme qui hurlait de terreur, debout dans son berceau. Remus le souleva aussitôt de son bras gauche et le protégea de sa cape. Timothy pleurait et criait aussi fort qu'il le pouvait, paniqué – à juste titre – par les flammes.
-Ça va, Timy, ça va aller... On va sortir de là, je te le promet, assura Remus en recommençant à tousser violemment.
Il pointa sa baguette droit devant lui pour faire un écran d'eau entre eux et les flammes et se rapprocha de l'escalier. Un terrible craquement retenti juste au moment où il s'apprêtait à poser le pied sur la première marche. Dans un grondement sourd, l'escalier s'effondra sur toute sa longueur, ouvrant un gouffre de trois mètres presque sous leurs pieds. Remus recula juste à temps pour éviter la chute. Il regarda autour de lui. Il n'y avait pas d'autre issue que cet escalier. A moins que...
Dans la rue, Tonks se tordait les mains d'anxiété. Il y avait eu un terrible bruit, comme si un pan entier de la maison s'effondrait. Depuis, même les cris du bébé qu'on avait entendu jusqu'alors s'étaient tût. Et Remus qui ne revenait pas... Tout le monde avait les yeux rivés sur la porte de la maison. Certaines personnes se rongeaient les ongles, d'autres avalaient leur salive, mais rien ne se produisait. Les minutes passèrent, faisant monter l'angoisse. Soudain, il y eu un grand bruit de verre brisé et une vitre du deuxième étage vola en éclats, fracassée par Remus qui venait de se projeter au travers. Tonks eu tout juste le temps de dégainer sa baguette et de la pointer sur la civière posée à coté de l'ambulance en hurlant « Emplificatem ! » avant Remus ne tombe sur ce pouf improvisé. Il toussait violemment, était couvert de petites coupures sur les mains et les bras, crachait de la cendre et avait les yeux injectés de sang mais il était vivant et Timothy, qu'il tenait contre lui, vivait aussi. Remus essaya d'inspirer, agité de spasmes de toux. De la fumée noire sortait de ses poumons à mesure qu'il toussait et crachait les gaz nocifs qu'il avait inhalé. Tonks se précipita vers lui, tremblante. Il parvint à lui sourire.
-Je savais que tu ferais ça, souffla-t-il en tapotant le pouf.
Elle lui sourit à son tour, confondu par la confiance mutuelle qu'ils éprouvaient l'un envers l'autre à tout instant.
-Qu'est-ce que c'est que cette histoire ? demanda brusquement une infirmière en accourant. Comment avait vous gonflé cette chose ? Qui êtes vous ?
-Oubliette ! Hurla une voix inconnue.
Tonks et Remus se retournèrent et virent une bande de quelques sorciers oubliators qui courraient vers eux. En quelques instants, tous les pompiers et badauds des environs avait le regard un peu flou et ne se souvenaient pas de la présence d'un petit garçon dans l'histoire, et encore moins du gonflage hyper-rapide de la civière.
-Venez, ordonna l'un des sorciers, vous devez aller à St-Mangouste. Allons, venez, vous êtes blessés, il faut aller à l'hôpital.
-Oui, murmura Remus en se levant.
Tonks prit le bébé dans ses bras et étouffa un cri. Sur le pantalon du petit garçon évanouit, il y avait une large tâche sang.
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Tonks essuyait les larmes qui glissaient sur ses joues malgré elle en regardant le petit bonhomme à travers la vitre. Elle n'avait pas put l'accompagner car des guérisseurs l'avaient tout de suite éloigné de lui pour la passer au peigne fin. Sans nécessité, puisqu'elle n'avait rien, mis à part un grand état de choc. Caroline était sa meilleure amie, Douglas un vieux copain et Timothy son filleul...
-Dora ! s'écria Remus en accourant dans le couloir.
Il avait les mains et le visage couvert de quelques sparadraps et ses yeux restaient très rouges. Les cheveux légèrement roussis, la robe brûlée par endroits, une forte odeur de feu flottant autour de lui, il ne pouvait nier s'être retrouvé au c½ur des flammes.
-Comment va-t-il ? demanda-t-il anxieusement.
Tonks avala sa salive et secoua la tête.
-Il s'en remettra, les guérisseurs pensent qu'il n'y aura pas de séquelles, mais... Ils sont formels. Sa blessure à la jambe est bien une morsure de loup-garou.
Remus frappa violemment le mur du poing, fou de rage.
-Greyback, j'aurai ta peau ! hurla-t-il, secoué par les larmes qui se bousculaient dans sa gorge.
Il s'approcha lentement de la grande parois transparente et posa les deux mains à plat sur la vitre, regardant le garçonnet de l'autre coté du mur. On lui avait posé un masque respiratoire sur le visage, relié à une large poche en peau de mocke. La poche était animée par un sortilège qui forçait la peau à sans cesse rapetisser puis s'agrandire, envoyant ainsi de l'air dans les poumons irrités du patient. Remus serra les poings contre le verre froid et s'appuya le front dessus, fermant les yeux d'où jaillirent deux larmes de désespoir et de douleur. Tonks s'approcha de lui et lui posa une main sur l'épaule. Elle aussi avait mal, et elle comprenait que la morsure de Timothy rappelait d'une certaine façon à Remus sa propre histoire. Il la prit dans ses bras et sanglota contre son épaule, tandis qu'elle lui caressait le dos en pleurant elle aussi.
-Il... il ne se souviendra même pas du temps où il pouvait voir la pleine Lune sans trembler, s'étrangla Remus, brisé par les conséquences qu'il prévoyait pour la vie du garçon. Il ne saura même pas ce que c'est qu'une vie normale !... Il va être rejeté, partout, tout le temps, sans raison !... Il n'a que deux ans !...
-Je sais, murmura Tonks.
-Non, tu ne sais pas, rétorqua Remus en redressant la tête. Tu ne sais pas ce que c'est. Et lui non plus, il ne sait pas. Mais il saura très bientôt, et c'est ça qui est terrible.
Ils se remirent à pleurer dans les bras l'un de l'autre, au moins soulagés de pouvoir se raccrocher à quelqu'un.
-Excusez-moi de vous déranger, dit brusquement une voix pointue dans leur dos.
Ils se retournèrent pour voir une petite bonne femme, l'air revêche et acariâtre, la bouche pincée et les vêtements ternes, avec l'aspect type d'une vieille fille flétrie au c½ur sec, qui arrivait à petit pas mesurés et pressés en portant contre elle un dossier serré dans une chemise d'un rose éc½urant.
-Oui ? bredouilla Tonks, surprise par l'apparition qui arrivait à peine à l'épaule de Remus.
-Vous êtes, je crois, les personnes qui ont identifiés les victimes de l'incendie du 4 rue Olsen-Ridwool de ce matin ? dit la femme de cette même voix pointue et monocorde, comme si elle récitait un texte.
-En effet, dit Remus en s'avançant à son tour. C'est moi qui les ai identifié. Pourquoi ?
-Je m'appelle Catherinette Miranda, je suis inspectrice du REPOS, Recensement des Effectifs et Placement des Orphelins Sorciers de Grande-Bretagne, et je voudrais vous posez quelques questions sur l'enfant dont il a été question lors de l'incident de ce matin.
-L'incident ? répéta Remus, outré. Deux personnes se sont fait assassiner par un loup-garou transformé, leur fils de deux ans a lui même été mordu et est désormais un lycanthrope, et vous appelez ça un incident ?
-Ce n'est pas un cas courant, marmonna vaguement la femme sans le regarder, plongée dans la lecture de son dossier.
Elle agita rapidement sa baguette et une table et une chaise apparurent devant elle. Elle s'assit sur la chaise et étala ses feuillets sur la table.
-Alors voyons, reprit-elle sans les regarder ni l'un ni l'autre, Vous êtes ?...
-Nymphadora Tonks, dit la jeune femme. Je suis la marraine de Timothy.
-Timothy ? répéta l'inspectrice du REPOS. Ah, oui, l'enfant. Bien, nous disions donc... Oui. C'est cela. L'enfant répond au nom de Timothy Jordan Wilber...
-Oui...
-... Né le 23 janvier d'il y a deux ans...
-Oui...
-... De Mme Caroline Dickins/Wilber...
-Oui...
-... Et de Mr Douglas Wilber...
-Oui...
-...Tout deux décédés ce matin aux environs de six heures...
-Oui...
-... N'ayant pas d'autres enfants...
-Oui...
-... Ni de proches encore vivants, tels que parents, frères, s½urs, oncles ou tantes...
-Oui...
-... Laissant ainsi leur fils unique à l'état d'orphelin sans famille.
-Oui...
-Très bien. Je vous remercie de votre coopération. Je n'ai plus qu'à contacter les quelques rares cons½urs directrices d'orphelinats acceptant les enfants à problèmes et pathologies rares pour leur demander si l'une d'entre elle veut bien accepter de prendre en charge un hybride dangereux...
-Laissez-moi devinez, siffla sèchement Remus. Vous êtes à la botte de Dolorès Ombrage, n'est-ce pas ?
La femme leva vers lui un regard choqué.
-Je travaille sous sa responsabilité, en effet, mais je ne vois pas ce que...
-Attendez un peu, coupa Tonks en s'approchant du bureau improvisé. Qu'est-ce que vous voulez dire, par « contacter des cons½urs directrices d'orphelinats » ? Vous n'allez pas le placer en foyer, tout de même ?
-Et bien, si, bien sûr, répondit la femme en étirant son cou de toute sa longueur, courroucé par ces interruptions successives. Que voulez-vous que nous en fassions ? ajouta-t-elle comme si elle parlait d'une boite d'emballage encombrante.
-Je crois que vous ne m'avez pas bien comprit, dit Tonks qu'une telle vision de choses scandalisait. Je suis sa Marraine. En d'autres termes, c'est à moi que les parents de Timothy ont décidé de me confier la garde s'il leur arrivait quelque chose. Timothy n'a pas de parrain, il n'a plus de famille, mais il m'a, moi. Je peux le prendre en charge.
-Excusez-moi, mademoiselle, dit l'inspectrice avec un sourire qui n'imitait que très moyennement l'amabilité, mais vous êtes bien peu au courrant des lois qui régissent la prise en charge des orphelins sur notre territoire. Une Marraine, si gentille soit-elle, n'a aucun droit sur son ou sa filleul(le). Vous pourrez aller voir votre filleul à l'orphelinat si vous voulez les jours de visite, mais il est hors de question que vous le preniez en charge.
-Ah, vraiment, dit Tonks d'une voix frémissante de colère, vous croyez cela ! Caroline savait que si elle et Douglas mourraient, Timothy serait seul, et elle ne le voulait pas. Elle avait clairement notifié dans son testament qu'elle voulait qu'il me soit confié s'il était mineur à leur mort. Je peux le prouver ! Leur notaire vous le confirmera dés l'ouverture du testament !
-Mademoiselle, je suis navrée, dit la femme d'une voix forte, mais le temps du respect scrupuleux des dernières volontés des défunts est passée, la prise en charge d'un enfant ne peut se réaliser de cette façon. Je vous répète que vous n'avez aucun droit sur ce garçon, et je sais de quoi je parle ! Je m'occupe du cas de près de cent mineurs chaque année !
-Alors je plain ces pauvres enfants ! gronda sourdement Tonks. Je ne laisserait pas Timothy rejoindre un de ces orphelinats tristes et impersonnels, il a besoin d'être entouré !
-Ce n'est pas à moi qu'il incombe de faire des laisser-passer, Mademoiselle ! Je suis une représentante de la loi, je fais mon travail ! Et je vous prit de me laisser continuer si vous n'avez rien d'autre à dire que de pareils non-sens ! Être parrain ou marraine n'est qu'une coutume religieuse sans valeur juridique ! Vous ne pouvez pas prendre en charge un enfant parce que tel est votre bon plaisir !
-Et l'adoption ? coupa brusquement Tonks.
-Pardon ?
-Et l'adoption ? Je peux très certainement adopter Timothy, non ?
-Mais... Je... C'est à dire... Mademoiselle, ne dites pas de sottises, protesta la femme, vous êtes sous le choc de ce qui est arrivé à votre amie mais on ne décide pas d'adopter un enfant comme ça sur un coup de tête !
-C'est parfaitement réfléchi, assura Tonks, subitement calme. Je veux adopter mon filleul, puisque c'est la seule façon d'en avoir la garde.
-Mais... Voyons... D'abord, vous ne remplissez pas toutes les conditions requises à l'adoption d'un enfant ! protesta Mme Miranda, visiblement décidée à être aussi désagréable que possible.
-Ah, oui ? Et pourquoi donc ? Qu'est-ce qui fait que je ne pourrais pas adopter un enfant, alors que j'ai parfaitement l'âge d'être mère ?
-Je... Vous... Euh, quelle est votre statu social ?
-J'ai un emplois stable et bien payé, assura Tonks. Je suis Auror au ministère de la magie.
-Ah, euh... Quelle est votre logement ?
-Par commodité, j'habite dans un studio, mais il me serait facile de déménager pour un domicile plus grand.
-Vous êtes célibataire ?
-Oui, mais...
-Et bien vous voyez ! triompha la directrice du REPOS. L'adoption, Mademoiselle, est fort peu agréée pour les personnes seules. Ensuite, vous exercez une profession dangereuse, qui de plus ne vous laisse que peu de temps pour vous occuper d'un enfant, et vous ne pouvez pas dans l'immédiat lui apporter un foyer adapté. Par conséquent...
-Pardonnez-moi, intervint Remus, il se trouve que cette jeune femme est sur le point : 1, de se marier, 2, de déménager dans une maison de campagne de – voyons – huit pièces sans compter cuisine et salles de bain. Par conséquent, elle remplit les conditions.
-Ah, euh, vous... Vous êtes... Ecoutez, de toute façon, cela ne change pas grand chose au problème ! Vous exercez tout de même une profession dangereuse et prenante, ce qui de toute évidence...
-Veuillez m'excuser une nouvelle fois, coupa Remus d'un ton encore plus menaçant, mais il se trouve que son futur conjoint, justement, n'exerce pas de profession dangereuse et dispose de tout son temps pour s'occuper d'un enfant.
-D'ailleurs, ajouta Tonks, le fait que je sois Auror devrait justement vous prouver que je suis capable de protéger un enfant. Mon amie et son mari n'exerçaient pas de métiers dangereux, et pourtant, ils ont tout de même été la cible d'une attaque meurtrière. Je ne pense pas que par les temps qui courent, une personne puisse être plus en danger qu'une autre par son métier.
-Mais qui épousez-vous, au juste, Mademoiselle ? s'insurgea la directrice.
-Moi, répondit Remus d'une voix forte.
La femme resta sans voix pendant quelques secondes avant de reprendre un ton mielleux.
-Ecoutez, je crois que vous n'avez pas très bien comprit l'ampleur de la situation. Le jeune garçon qui est à quelques mètres d'ici n'est plus un être humain. Il s'est fait mordre par un loup-garou – probablement Fenrir Greyback, d'après les éléments d'enquête que nous avons – et il est devenu une créature dangereuse, dont seuls des professionnels peuvent se charger...
-Sottises ! explosa Remus. Aucun « professionnel » ne peut se charger d'un loup-garou transformé ! Le seul professionnalisme dont feront preuve vos cons½urs sera d'enfermer ce pauvre garçon dans une cage une nuit par mois !
-Ce n'est pas « une créature dangereuse et non-humaine » ! s'écria Tonks. Il ne sera une créature dangereuse et non-humaine que douze à treize nuits par an ! Soit même pas cinq jours complets en heures additionnées ! Les trois cents soixante autres jours, il sera aussi dangereux que vous et moi !
-Vous ne pouvez pas raisonnablement vous occuper d'un loup-garou ! Imaginez un peu...
-QUE VOULEZ VOUS QUE NOUS IMAGINIONS ? Rugit Remus, que Tonks voyait s'énerver pour la toute première fois de sa vie. VOUS VOULEZ QUE JE VOUS DISE, CE QUE QUI VA VRAIMENT CE PASSER ? CE PAUVRE GOSSE VA ETRE REJETE DE PARTOUT, IL N'AURA AUCUN STATU, AUCUN AVENIR, PAS D'AMIS, JUSQU A SES DIX-SEPT ANS OU IL SERA GENTIMENT PRIE DE DEBARRASSER LE PLANCHER ET OU IL N'AURA D'AUTRE CHOIX QUE DE DEVENIR UN DELINQUANT POUR SURVIVRE. C'EST ÇA QUE VOUS VOULEZ ? ET BIEN PAS MOI ! JE REFUSE DE LE LAISSER TOMBER ! IL A DROIT A UN AVENIR, A UNE VIE HEUREUSE, A UNE FAMILLE ! PLUS QUE JAMAIS, IL EN A BESOIN ! IL EST SEUL ! ET GREYBACK LE SAIS ! C'EST SON GRAND TRUC, DE MORDRE DES ENFANTS TRES JEUNES ET DE LES ENLEVER A LEURS PARENTS ! VOUS AUREZ BEAU FAIRE CE QUE VOUS VOUDREZ, IL LE RETROUVER ET IL VIENDRA LE CHERCHER ! ET NON SEULEMENT LA VIE DE TIMOTHY SERA BRISEE, MAIS EN PLUS, IL SERA FORME POUR MORDRE A SON TOUR DES GENS !
Remus s'arrêta de hurler pour reprendre un peu son souffle. Sa voix déjà rauque à cause de tous les gaz qu'il avait avalé ressemblait maintenant à un curieux mélange de disque rayé et de lame de scie à métaux mordant une meule de pierre.
-Ecoutez-moi bien, reprit-il en posant les deux mains sur le bureau en face de la petite femme tétanisée par cette explosion. Il se trouve que ce garçon peut être aidé. S'il est bien entouré, s'il est protégé de Greyback, alors, il peut s'en sortir. Pas aussi bien que s'il n'avait pas été mordu, mais il a des chances de s'en tirer. Par contre, il n'en a aucune si l'on ne fait rien. Dora et moi, nous pouvons l'aider. A nous deux, nous remplissons toutes les conditions d'adoption et nous pouvons remplacer les parents dont il a besoin. Il n'a plus que nous et il n'est pas question que nous le laissions tomber. Je vous préviens, nous ne lâcherons pas.
-Monsieur... commença-t-elle prudemment, Vos intentions sont très louables, et il est vrai qu'à vous deux, vous remplissez les conditions requises – ou du moins les remplirez-vous dés le lendemain de votre mariage – Mais comment pouvez-vous être certain que vous pourrez l'aider ? Comment pouvez-vous affirmer que vous saurez guider ce garçon sur le parcours délicat qui s'ouvre devant lui ?
-Oh, pour une raison simple, dit Remus avec un sourire tranquille. Il se trouve que, moi aussi, je suis un loup-garou.
L'inspectrice ne put s'empêcher de sursauter.
-V-vous êtes un... Vous êtes un...
-Oui, j'en suis un. Dans deux lunaisons, cela fera trente et un ans que j'aurais été mordu – et comble d'ironie, je me suis fait mordre par le même loup-garou que Timothy. Or, voyez-vous, durant tout ce temps, je n'ai jamais mordu personne durant aucune de mes métamorphoses.
-Ah... Ah bon, bredouilla la femme en regardant Remus avec affolement comme si elle craignait qu'il ne l'attaque.
-Je n'ai mordu personne, répéta Remus, et j'ai eu beaucoup de chance, dans ma vie. J'ai été entouré et aimé par mes parents qui m'ont soutenu, aidé, réconforté autant qu'ils ont pu. Grâce à eux et au professeur Dumbledore, j'ai pu suivre des études presque normales à Poudlard. J'ai eu des amis qui eux aussi m'ont épaulés. J'ai pu faire des recherches sur les moyens de défense contre la magie noire, et j'ai eu la joie d'enseigner à Poudlard durant une année. Puis j'ai rencontrée celle qui sera bientôt ma femme. Tout ceci, je le doit à un directeur intelligent et compréhensif et à des parents formidables. Maintenant, je suis face à un petit garçon qui est encore bien plus jeune que je ne l'étais lors de ma morsure, un enfant dont les parents sont morts, et je refuse que ce garçon n'ai pas la même chance que moi. Il peut grandir presque normalement s'il est protégé de Greyback, comme mes parents ont réussit à m'en protéger. Il peut aller à l'école de sorcellerie et y réussir, comme j'ai pu le faire. Et qui mieux que moi, qui suis passé par tout cela, moi, le premier loup-garou mordu avant son entrée à Poudlard à avoir été admit là-bas, pourrait l'aider ? Qui plus que moi pourrait lui donner tous les trucs, toutes les astuces, tous les conseils, pour subire le moins possible la lycanthropie ? Dites le moi. Trouvez-moi quelqu'un parmi vos directrices d'écoles pour enfants à problèmes qui pourra l'aider à vivre comme un homme normal et lui éviter de devenir comme celui qui nous a mordu. Trouvez moi un seul argument pour que, pour le bien de tous, il soit préférable de l'envoyer en orphelinat plutôt que de le faire vivre avec nous. Trouvez-moi cet argument, et je vous assure que je me plierais à votre décision, termina Remus en la regardant droit dans les yeux.
Tonks se tourna vers lui avec des yeux admiratifs. La directrice du REPOS le regarda avec un air effarouchée.
-Très bien, dit-elle brusquement. Les modalités d'adoption sont assez longues – de l'ordre de deux mois, deux mois et demi, sachant que le certificat de mariage des parents adoptant est le dernier papier à présenter lors de la signature finale. Je vais vous demander une semaine, le temps pour moi de préparer tous les papiers nécessaires, et pour vous de réfléchir. Nous pouvons prendre rendez-vous pour vendredi prochain à seize heures dans mon bureau, dit-elle en leur tendant sa carte de visite.
-C'est parfais, assura Remus en prenant la carte. Merci beaucoup.
-Je vous laisse, dit-elle en leur jetant un regard fuyant à travers ses lunettes. Au revoir.
-A bientôt, répondit sobrement Remus.
Ils restèrent silencieux quelques instants, le temps de laisser la bonne femme s'éloigner, puis échangèrent un regard en biais... avant de se jeter dans les bras l'un de l'autre en hurlant de joie. Tonks se dégagea brusquement de Remus pour le regarder bien en face.
-Tu es bien décidé ? C'est sûr ? C'est vraiment ce que tu veux ?
-Tonks, je rêve d'être père depuis des années ! Fonder une famille à toujours été un espoir que je croyais irréalisable pour moi !
-Oui, mais tu ne fais pas ça pour me faire plaisir, hein ? Tu ne te ranges pas de mon coté parce que c'est ce que je veux ?
-Bien sûr que non ! Ce gamin m'a rendu tout chose, quand je me suis occupé de lui il y a deux mois. Et tu m'as entendu. Je serais vraiment heureux de faire tout mon possible pour qu'il réussisse aussi bien et peut-être même mieux que moi dans sa vie.
Tonks lui dédia un large sourire et reposa sa tête contre sa poitrine. Après la joie insouciante, la panique, l'horreur, le désespoir, la douleur, la terreur et la colère, une petite pointe d'obtimisme et de bonheur faisait son apparition dans leurs c½urs.
Harry, Ron, Hermione et Ginny se précipitèrent dans les escaliers de l'hôpital St-Mangouste pour les blessures et accidents magiques, en direction de la désormais bien connue salle Wencelas Dirfen à l'étage des morsures graves. Tonks avait demandé qu'on leur fasse parvenir un hiboux urgent pour les prévenir de la situation et Neville et Luna étaient restés au 12 par précaution.
-Eh ! s'écria Ron en voyant Remus et Tonks dans le couloir. Qu'est-ce qui ce passe ? Qui s'est fait mordre ? Pourquoi êtes-vous partis comme des fous ce matin ? Qui sont les Wilber ?
Ni Remus ni Tonks ne répondirent. Les quatre jeunes stoppèrent avec inquiétude devant la fenêtre et poussèrent simultanément une exclamation consternée en reconnaissant Timothy dans le lit d'hôpital.
-Oh non... Non ! murmura Hermione.
-Que c'est-il passé ? s'enquit Harry.
-C'est encore un coup de Greyback, répondit Remus avec lassitude.
-Encore ? s'énerva Ron.
-Et oui... soupira Tonks.
Ils leur racontèrent tout ce qu'il savaient de l'état de Timothy et toutes les conclusions qui permettaient d'aboutir à Greyback comme coupable.
-Et les parents de Timothy ? demanda Ginny. Où sont-ils ?
Tonks et Remus échangèrent un regard. Tonks s'essuya les yeux. Remus inspira profondément avant de répondre.
-Greyback les a tué. Egorgés.
Ginny poussa un cri d'horreur et plaqua ses deux mains à sa bouche en fondant en larmes, choquée. Harry la prit dans ses bras. Ils étaient tous bouleversés.
-Qu'est-ce qu'il va devenir ? sanglota Hermione. Il n'a pas de famille éloignée ?
-Non, répondit Remus. Mais bientôt, il aura une famille adoptive.
Ils les regardèrent sans comprendre.
-Nous avons rendez-vous vendredi prochain avec une assistante sociale pour lancer officiellement la procédure d'adoption, expliqua Tonks. Vous pouvez comptez sur nous pour ne pas le laisser tomber.
-Oh !... C'est... C'est... C'est formidable, bredouilla Ginny à travers ses larmes. Enfin je veux dire, pas pour lui... Enfin si... Enfin je veux dire...
-Ne t'inquiète pas, murmura Remus en lui posant gentiment une main sur l'épaule. Nous comprenons.
-Si vous l'adoptez, vous allez sûrement devoir précipiter un peu votre mariage, non ? demanda Hermione.
-Votre mariage ? répéta Ginny, interdite.
-Oh, c'est vrai, tu n'es pas dans le secret, se rappela Remus.
Tonks tendit sa main gauche baguée devant elle avec un petit sourire. Ginny eu aussi un sourire ravi.
-Félicitations, souffla-t-elle. C'est merveilleux ! A quand la noce ?
-Et bien, d'après ce que nous a dit la mégèr... Euh, la directrice du REPOS, nous avons deux mois et demi pour officialiser tout cela, répondit Remus en regardant Tonks.
-Je suis contente de t'avoir déjà présenté à mes parents, murmura cette dernière. Et puis, n'exagérons rien, deux mois et demi, ça suffit pour réparer le volet !
Sans comprendre, Harry, Ron, Ginny et Hermione les regardèrent s'esclaffer. Puis, tous les six, ils s'avancèrent vers la baie vitrée, et les sourires firent places aux larmes silencieuses. L'avenir était tellement incertain... Et même le présent était vraiment étrange. Ils étaient tous désolés pour le petit garçon brisé et orphelin, et en même temps heureux pour lui, puisqu'il allait tout de même avoir une famille. Il arrive que le pire puisse amener le meilleur, mais parfois, la limite entre l'ombre et la lumière semblait bien difficile à trouver.