Chapitre 9 - La coupe de Poufsouffle
Ils restèrent un instant immobile, contemplant le couloir noir d'où rien, ni bruit ni lumière, ne filtrait. Ron brisa le silence.
-Bon. On entre ?
Harry gonfla sa poitrine.
-Oui, allons y.
Hermione acquiesça d'un hochement de tête. Ron eu un sourire crispé.
-Comme au bon vieux temps, pas vrai, Harry ? Tu ouvres les portes en Fourchelangue et je passe le premier, dit-il en s'avançant franchissant le passage.
-Hé ! Attends, c'est moi qui passe devant, protesta Harry.
-Non, vieux, ce coup-ci, c'est moi. De nous trois, c'est toi le plus important, tu n'ouvres pas la marche, du moins pas tant qu'on aura pas vu à quoi s'attendre.
Harry se tut. Il aurait voulu le détromper, lui dire qu'ils étaient tout aussi important que lui, mais il savait que c'était inutile. Ron ne le laisserait pas passer parce qu'il savait qu'aux yeux de Voldemort et du monde qui ne les connaissait pas personnellement, il avait raison. Ils entrèrent tous les trois dans le tunnel l'un derrière l'autre, Ron en tête, sa baguette lumineuse pointée loin devant lui, Harry juste derrière, sa baguette également allumée au dessus de sa tête, et Hermione, un demi pas derrière lui, une poignée de flammes bleutées au creux de sa main. Malgré ces petites lueurs, la noirceur semblait quasiment impénétrable, comme si l'obscurité était plus opaque ici qu'ailleurs. Leurs pas retentissaient dans le tunnel, étrangement étouffés, assourdis. Le tunnel fit un coude, puis un autre. Soudain, Ron poussa un cri et disparut, happé vers le bas.
-RON ! S'écriât Harry en se précipitant. Où es tu ?
-Ici ! Plus bas ! Répondit la voix de Ron, crispé par l'effort.
Le tunnel s'arrêtait deux mètres plus loin en un cul-de-sac, mais il y avait une sorte de toboggan juste avant, dans lequel était tombé Ron. Il se cramponnait de toutes ses forces au bord du piège. Harry et Hermione s'empressèrent de l'attraper chacun par un bras et le sortirent du trou.
-Ouf ! Merci !
-De rien ; Mais en fait, je crois qu'il va falloir y retourner, désolé. Il n'y a pas d'autres issues possibles. Il faut certainement plonger là-dedans.
-Ah ouais ? Et comment on ressort, ensuite ?
-J'ai peut-être une idée, avança Hermione.
Elle pointa sa baguette au dessus d'elle et murmura «Arachnidius ». Aussitôt, une étrange corde jaillit de la baguette, se fixa au plafond et se détacha de la baguette, pendouillant comme une liane blanchâtre à l'aspect étrangement vivant.
-C'est quoi ? Demanda Ron, un peu éc½uré.
-C'est un fil de toile d'araignée géant, en quelque sorte. Il suffit de le tenir et il va nous s'allonger de plus en plus au fur et à mesure que nous descendrons, tout en freinant notre chute. Quand nous voudrons remonter, nous n'aurons qu'à le reprendre là ou nous l'aurons lâché puis, d'un coup de baguette, il nous tractera jusqu'ici.
-Super ! Alors allons y ! dit Ron en pointant sa baguette vers le plafond. Lui et Harry murmurèrent à leur tour « Arachnidius », puis ils saisirent les filaments qu'ils venaient de faire apparaître, Hermione les imitant. Les fils s'entortillèrent autours de leurs poignets comme des filets du Diable. Ron sauta dans le trou ;
-Euh... Harry, ça t'embêtes si je passe la première ? Je... je n'ai pas très envie de rester derrière...
-Pas de problèmes, vas-y, répondit Harry en réprimant un sourire.
-Merci...
Hermione sauta à son tour et il la suivit. Ils arrivèrent une ou deux minutes plus tard, sur un espèce de plate-forme. Ils tapotèrent les fils pour qu'ils les lâchent puis s'avancèrent précautionneusement.
-Ron ? Où es tu ?
-Ron ? Ohé !
-Je suis là, résonna la voix de Ron, un peu plus loin. Il y a quelques mètres de tunnel, venez.
Ils le rejoignirent et suivirent le tunnel jusqu'au bout. Soudain, Ron ralentit puis s'arrêta, la main gauche levée pour les faire stopper derrière lui. Harry et Hermione avancèrent lentement jusqu'à lui et virent ce qui l'avait fait s'arrêter. Le plafond et les murs disparaissait net comme s'ils sortaient à l'air libre, mais ils comprirent très vite, même dans le noir quasi-complet, qu'il y avait là un immense gouffre. Un chemin très étroit paraissait en faire le tour. Au centre, droit devant eux, une étrange petite lumière bleuâtre brillait, sans que l'on arrive à déterminer si elle était loin ou proche.
-Je ne sais pas si vous avez remarqué, mais ça ressemble beaucoup à la Chambre des Secrets, à Poudlard. Une porte cachée dont l'entrée est délimité par un serpent gravé, l'impossibilité de rentrer si on ne parle pas fourchelangue, le tunnel noir, le toboggan... Et pour finir, la chambre elle-même. C'est très Serpentard, tout ça.
-Peut-être que c'était la première fois qu'il faisait une cachette à Horcruxe, et il ne savait pas trop comment s'y prendre ; ou alors, il voulait faire en secret dans son école, juste avant de la quitter, ce que son ancêtre avait fait en secret dans la sienne mille ans plus tôt, avant lui aussi de la quitter, émit Harry.
-Et maintenant, qu'est ce qu'on fait ? demanda Hermione, plus terre à terre que les deux garçons.
-On explore, répondit Harry.
Il passa devant eux et se dirigea sur la gauche, mais le chemin rétrécissait rapidement et s'arrêtait à une dizaine de mètres plus loin. Il fit demi-tour et alla à droite, agitant doucement les mains au dessus de sa tête comme s'il chassait des mouches.
-Harry, ça va ? Que fais-tu ?
-Mmm... je cherche quelque chose, même si je ne sais pas trop quoi.
De ce coté ci de la sortie du tunnel, le chemin se prolongea une bonne trentaine de mètres mais Harry ne trouva rien de plus qu'à gauche. Ron et Hermione le rattrapèrent au bout du chemin.
-J'ai dû rater quelque chose, marmonna Harry.
Il réfléchit quelques instants en regardant le bord du passage.
-Mais bien sûr ! Quel imbécile je fais ! Il n'avait pas besoin d'un bateau, il n'y a pas d'eau, c'est un pont qui lui fallait, murmura-t-il pour lui-même. Ron et Hermione échangèrent un regard mais ne parlèrent pas, le laissant se concentrer. Harry reprit la parole :
-Ron, tu veux bien me tenir par derrière, s'il te plais ? Je voudrais vérifier un truc.
Ron l'empoigna fermement et Harry s'approcha à l'extrême bord du gouffre, Hermione étouffant un gémissement derrière eux. Harry refit le chemin très lentement en tâtant le vide du bout du pied. Enfin, à mi-chemin, il cogna quelque chose.
-Là ! bondit-il.
Il recula –Ron le lâcha – et se coucha à plat ventre pour pouvoir toucher le bord avec la main. A nouveau, il heurta ce qui ressemblait à de la corde rêche. Il la saisit fermement de la main gauche et l'éclaira de sa baguette. Rien. C'était invisible.
-Bon. Il va falloir que je monte là dessus.
-QUOI ?! Harry, tu es fou ! Il n'en est pas question ! D'abord, c'est quoi ce « là dessus » ? protesta furieusement Hermione.
-Un pont, très certainement. Un pont suspendu. Invisible, mais bien réel. Comme les chapeaux sans tête de Fred et Georges.
-Et tu as l'intention de marcher sur un pont suspendu invisible au dessus d'un gouffre immense ? C'est de la folie !
-Mais non ! Je ne pense pas qu'il reste invisible bien longtemps. Il va sûrement devenir visible au fur et à mesure que j'avancerais... Bon, j'y vais, décida Harry en tendant lentement un pied dans le vide. Avec un bruit sourd, il tapa une planche de bois.
-Tu vois, Hermione ? Il y a du bois, c'est bien un pont.
Il rangea soigneusement sa baguette au fond de sa poche pour éviter de la faire malencontreusement tomber dans l'abîme, puis, assurant son appuis, il fit un pas en avant. Il devait être très étrange de le voir ainsi, apparemment suspendu dans le vide, songea-t-il. Mais avant d'avoir eu le temps de bouger d'avantage, sa prédiction se réalisa. Le pont se matérialisa complètement devant et derrière lui ; C'était un pont d'apparence tout à fait ordinaire, fait de planchettes de bois écartés d'une quarantaine de centimètres les unes des autres, maintenues entre elles de chaque coté par une longue corde maritime. Sur les bords des planches, aux endroits ou la corde passait, une lumière bleutée, pareille à celle que l'on voyait au centre de la « chambre », éclairait le chemin. Le pont allait d'un bout à l'autre du gouffre, passant juste à coté de la boule de lumière bleue. En fait, cette boule semblait flotter au dessus d'une plate-forme circulaire, solide mais elle aussi suspendu dans les airs sans appuis. Harry, à cinquante centimètres du bord, les bras tendus comme un équilibriste, ne put s'empêcher de sourire en voyant sa prédiction se réaliser. Mais son sourire disparu très vite. Le pont sur lequel il marchait ne fut pas le seul à s'éclairer. Au dessus, puis au dessous de lui, des guirlandes de lumières bleue s'illuminaient les unes après les autres, dans de petits claquement sourds, révélant des dizaines de ponts. Seul celui que Harry avait trouvé passait prés de la plate-forme centrale, tous les autres, disposés à environ trois mètres de hauteur les uns des autres, traversaient l'espace, formant une espèce de toile d'araignée géante, comme une immense ville suspendue baignant dans une lumière bleue pâle. La caverne où ils se trouvaient, comme ils pouvaient désormais le voir, s'étalait au dessus d'eux avec la hauteur d'une cathédrale et au dessous en un gigantesque précipice dont on ne voyait pas le fond. Mais il n'y avait pas que des pont suspendus. De part et d'autre, accrochés on ne savait comment aux murs, entassés sur les autres ponts, pendouillant lugubrement, entravés par des cordes, les yeux vides, la bouche ouvertes, se tenaient des Inferi.
Il y en avait partout.
Des centaines, des milliers de cadavres tapissaient abominablement toute la caverne, en haut, en bas, sur les ponts, partout, empilés les uns sur les autres, le regard vide, immobiles, certains pendant dans le vide, d'autres paraissant écartelés par des cordages, leur pâleur accrue par la lumière céruléenne, électrique, de la salle. Harry, Ron et Hermione, figés d'horreur, regardèrent en frémissant les monceaux de corps sans vie amoncelés les uns sur les autres. A tâtons, Hermione chercha la main de Ron sur sa droite et la serra de toutes ses forces. Harry, pétrit d'épouvante, se remit à avancer dans le plus grand silence. Lentement, très lentement, il chemina le long du vide. Enfin, au bout d'un temps qui paru incroyablement long, il atteignit le bord de la plate-forme et grimpa dessus. Elle resta parfaitement stable. Il avait réussit.
Harry se retourna vers ses amis restés cramponnés l'un à l'autre sur le bord du gouffre.
-Est-ce que vous voulez venir ou vous préférez rester là ?
Ron reprit un peu ses esprits.
-Attends nous ! On arrive !
Il dégagea sa main de celle d'Hermione qui semblait complètement tétanisée et la fit passer devant lui.
-Vas-y, je suis juste derrière, je te retiendrais si tu perds l'équilibre, murmura-t-il. Hermione déglutit, s'efforça de détacher ses yeux des milliers de corps et monta doucement sur la passerelle, Ron à sa suite. Ils traversèrent la moitié du chemin à parcourir pour atteindre la boule bleue, sous les regards anxieux de Harry. Hermione semblait avoir reprit un peu d'assurance ; Soudain, un corps d'enfant glissa du pont juste au dessus d'elle. Retenu par les jambes, son buste et sa tête plongèrent en avant, manquant de frapper Hermione, nez à nez avec lui. Hermione fit un bond en arrière en se mettant à s'époumoner de terreur. Harry se mit lui aussi à hurler en voyant Hermione se prendre les pieds dans le pont qui se balançait dangereusement et tomber en arrière. D'un geste vif, Ron ceintura Hermione de la main droite et lui plaqua la main gauche sur la bouche, l'immobilisant complètement. Le cri d'Hermione s'étouffa et Harry se mordit le poing pour en faire autant. Lentement, le corps du garçonnet glissa du pont supérieur et tomba dans le vide, effleurant le bras de Ron au passage, tandis que le pont continuait d'osciller violemment. Harry se pencha sur la plate-forme, pensant le saisir et le stopper mais Ron devina sa pensée.
-Ne fais rien, Harry.
Harry suspendit son geste. Ron continua de parler d'une voix volontairement neutre pour éviter toute impulsion qui les projetterait immédiatement dans le vide.
-Ne touche à rien. Si tu ralentis le balancement du pont, notre élan nous précipitera dans le gouffre. Ne bouge pas.
Harry, aussi pâle que les morts autour d'eux, les regarda se balancer au gré du pont, Ron maintenant fermement Hermione. Petit à petit, le pont se calma, son balancement diminua et, enfin, après plusieurs minutes qui leurs parurent des siècles, il s'immobilisa. Ron retira sa main de devant la bouche d'Hermione et lui saisit le bras gauche.
-Hermione, redresse ton pied gauche, lui murmura-t-il d'une voix très douce, très calme, paisible, même. Doucement, voilà... Pose-le sur la planche la plus proche ; comme ça, c'est bien. Maintenant, le pied droit... Non non, sur la même planche... Voilà, c'est ça. Et maintenant, redresse-toi très lentement... N'ai pas peur, je te tiens. Làààà... Très bien.
Hermione, sa poitrine se soulevant et s'abaissant précipitamment, se redressa et retrouva son équilibre. Ron, qui la tenait par les bras pour prévenir à toute perte d'aplomb, continuant de lui souffler des conseils.
-Doucement, Hermione... Prend bien ton appuis sur chaque planche avant d'avancer... C'est bien, continue. Ne va pas plus vite, prend ton temps...
Ils approchèrent de Harry qui les attendait avec anxiété sur la plate-forme. Hermione la regarda nerveusement en se mordillant les lèvres, l'air de se demander si elle ne pourrait pas descendre tout de suite.
-Encore un peu, Hermione, sinon, tu risque de basculer en sautant... Encore un pas... Voilà. Vas-y, maintenant.
Harry lui saisit fermement un bras et la tira vers lui, Ron venant presque en même temps. Enfin, ils se retrouvèrent tout les trois en sécurité sur la petite base circulaire. Hermione se mit à trembler comme une feuille et fondit en larmes, le visage dans ses mains, choquée. Ron et Harry la prirent dans leurs bras et s'efforcèrent de la réconforter.
-Hermione, voyons... ce ne sont que des morts, un mort ne devient pas forcément méchant quand il quitte le monde des vivants...
-C-ce n-n-n'était qu'un pauvr-vre gamin... il ne de-de-devait pas... avoir plus de dix ans... C-c-c'est horrible... tout ces gens... M-m-morts... il les a tués... Juste comme ça...
Elle continua de sangloter quelques minutes ; Se calmant quelque peu, elle se redressa, essuya tant bien que mal ses larmes et se tourna vers Ron.
-Ron, je te remercie, tu m'as sauvé la vie. Si tu n'avais pas été là, je serais tombée dans le vide.
-N'exagère pas... murmura-t-il, gêné. C'était la seule chose à faire...
-J'ai failli te faire tomber avec moi... je suis désolée. Je vous demande pardon à tout les deux, j'ai failli tout gâcher.
-Mais non, voyons... Regarde, nous sommes tous les trois vivants, en bonne santé, tout va bien. Tu n'as rien gâché du tout, sans toi, nous n'aurions même pas pu descendre dans le toboggan, nous n'aurions même pas découvert la porte ! Calme-toi... On va bientôt sortir d'ici. Nous sommes juste à coté du Horcruxe ! Lui dit Harry, dans l'espoir de la dérider un peu.
Elle esquissa un sourire timide et regarda la grosse boule bleue d'un bon mètre de diamètre. Ron en fit le tour.
-Tu crois que c'est ça, au centre ?
-Oui, bien sûr, répondit Harry. On distingue une forme dorée à travers les volutes de fumée...
-C'est la coupe de Poufsouffle ! s'exclama Hermione en regardant à son tour. Regardez, on voit bien les deux petites anses sur la tasse !
Elle tendit la main pour toucher la boule.
-N'y touche pas ! C'est peut-être dangereux ! protesta Ron, inquiet.
-Mais non, voyons. C'est un orbe.
-Un orbe ? Qu'est ce que c'est que ça ? s'étonna Harry.
-Ce n'est pas l'autre nom pour une boule de cristal ? Renchérit Ron.
-Pas vraiment. En magie de grande envergure, un orbe est une boule comme celle-ci qui empêche tout contact entre ce qu'il y a à son extérieur et ce qu'il y a à l'intérieur. C'est une sorte d'isoloir pour chose ou personne extrêmement puissante. Il faut soi-même être très puissant pour réussir à en créer un, et plus la chose à emprisonner possède de puissance magique, plus l'orbe est gros, et donc, plus il faut être puissant pour l'invoquer. Mais ce n'est pas quelque chose que l'on peut faire apparaître rapidement, ou qui est inoffensif. Il faut tout un rituel complexe pour invoquer un orbe, et il est quasiment impossible de le briser, même des centaines d'années après sa création. L'orbe en lui–même n'est pas dangereux, mais si on enferme une personne dedans, il lui sera impossible d'en sortir. Elle restera vivante, inconsciente et prisonnière jusqu'à ce qu'on la fasse sortir.
-Tu veux dire qu'elle deviendrait immortelle ?
-En quelque sorte. En fait, la partie d'espace enfermée dans l'orbe échappe au reste du monde, le temps n'a plus de prise sur elle. Lorsqu'on ouvre un orbe, ce qui s'en échappe est le temps prisonnier. Une personne enfermée puis délivrée cent ans après n'aura pas prit une ride, comme la belle au bois dormant, mais elle n'aura pas non-plus vécue entre temps. C'est assez difficile à expliquer... j'avait lu ça à Poudlard.
-Je vois... Mais tu disais qu'il est très difficile de briser un orbe...
-Je me suis mal exprimée. On ne peut pas briser un orbe, on ne peut que le faire disparaître. Et comme ce n'est pas nous qui l'avons créé, il sera ardu à dissiper.
-Ardu, mais pas impossible, puisqu'une personne enfermée mille ans a peu de chances d'être libérée par la même personne que celle qui l'a enfermée ! Rétorqua Ron, décidé à rester optimiste.
-Oui, c'est sûr ! approuva Hermione avec un petit rire nerveux.
-Mmm... marmonna Harry, concentré, Hermione, tu as dit que ce qu'il y avait dans un orbe échappait au contrôle du temps...
-Oui...
-Donc, la dernière chose dont cet orbe a eu conscience – si on peut dire ça comme ça – c'est sa création.
-Euh... Oui, je pense.
-Donc pour le faire disparaître, il faudrait faire le même rite d'invocation, mais à l'envers, non ?
-Ben, euh... Oui, pourquoi pas, mais ... je n'ai pas la moindre idée de ce qu'il faut faire pour invoquer un orbe ! Tout ce que je sais, c'est qu'il faut réunir les éléments d'un tout.
-Les éléments d'un tout ? Comment ça ?
-Et bien, par exemple, il faut réunir du feu, de la terre, de l'eau et de l'air. Ou encore un père, une mère et leur enfant. Ou même un corps, une âme et un esprit, mais je vois mal comment faire ça, même les fantômes ont toujours âme et esprit en même temps, ça ne ferait donc que deux choses à réunir et ce tout est formé de trois choses.
-Très bien, décréta Ron. Alors, quel tout pourrions nous réunir ici ?
-Peut-être qu'on cherche un peu loin, risqua Harry. Si l'inverse d'un rite de création d'orbe suffisait à le dissiper, pourquoi une
simple remontée des sortilèges ne fonctionnerait-elle pas ?
-Quoi ?!
-Ben oui, après tout, c'est la chose la plus simple à faire. Enfin, à mon avis...
Hermione le regarda, bouche bée.
-Harry... dit-elle d'une petite voix. Tu viens de trouver la solution d'un problème sur lequel des centaines de sorciers sont restés bloqués pendant des années sans parvenir à la trouver !
Ron éclata de rire.
-Incroyable, mon pote ! Tu es génial !
Harry se mit aussi à rire.
-Oh, ne vous affolez pas, je suis sûrement complètement dans le faux !
-Essaye toujours !
-Ok.
Harry sortit sa baguette et s'éclaircît la gorge. Il posa sa baguette sur le sommet de l'orbe et dit « Prior incantato ». Il y eu comme un rayonnement d'irradiation, la surface l'orbe grésilla, puis tout redevint comme avant.
-Vous voyez, dit Harry en essayant de cacher sa déception.
-Pourtant ça a faillis marcher, j'en suis sûre ! On est pas loin... marmonna Hermione en fronçant les sourcils, réfléchissant furieusement.
-On pourrait essayer tout les trois ensemble, émit Ron.
-Pourquoi ? Qu'est ce que ça changerait ?
-Ben, je ne sais pas, mais il y aurait déjà plus de puissance, et en plus, nos baguettes forment un tout à elles trois.
-Ah bon ?
-Oui, bien sûr ! La mienne contient un crin de licorne, la tienne, Harry, une plume de phénix, et la tienne, Hermione, un ventricule de c½ur de dragon. C'est bien un tout, puisqu'il est très rare d'utiliser un autre ingrédient pour fabriquer une baguette magique.
-Bonne idée, s'exclama Harry.
-Je ne pense pas que...
-Hermione, on peut essayer ! Aller, on y va !
Ils joignirent les pointes de leurs baguettes au sommet de l'orbe.
-A trois, d'accord ? murmura Harry. Un, deux, TROIS !
« Prior incantato ! »
L'orbe recommença à grésiller, puis...
Il disparut. Les volutes de brouillard qu'il contenait se dissipèrent en deux ou trois secondes, la coupe dorée continua de tourner quelques instant, puis tomba, à nouveau soumise à la gravité. Par réflexe, Harry la rattrapa au vol et ils se regardèrent, stupéfait. Maintenant qu'ils l'avaient, tout leur parcours, depuis les recherches jusqu'à cet instant, leur paru incroyablement facile.
-Je... Je n'arrive pas à y croire... Nous... Nous l'avons... Nous avons réussit... balbutia Hermione.
-Fais voire, demanda Ron.
Harry lui tendis l'objet. Ron l'observa sous toutes les coutures, mais il n'y avait pas de doute. C'était bien la coupe de Poufsouffle, toute en or, avec un blaireau gravé dessus.
-Pas d'erreur, c'est bien elle, ce n'est pas un faux. Oh, c'est formidable, s'enthousiasma Ron. Vous vous rendez compte ? Dumbledore en a trouvé deux – et encore, il y en a un, c'est Harry qui l'a trouvé même s'il ne le savait pas – nous en avons trouvés deux, il en reste encore deux autres, dont un qui ne sera sûrement pas très dur à tuer quand on aura trouvé la cachette de Tu-sais-Qui. C'est formidable ! Et je...
Ron s'interrompit soudain et son expression excitée devint brusquement anxieuse.
Harry, qui venait de récupérer la coupe de mains de Ron, la glissa dans sa poche sans rien remarquer, mais Hermione comprit tout de suite que quelque chose n'allait pas.
-Qu'est-ce qu'il y a ?
Ron se contenta d'avaler sa salive, hypnotisé par ce qu'il voyait derrière elle. Hermione se retourna et poussa un glapissement épouvanté. Harry se redressa à son tour et sursauta. Au dessus d'eux, mais aussi au dessous, de partout en fait, les Inferi s'étaient brusquement animés. Ils se redressaient et, sans se soucier de tomber dans le précipice, ils avançaient, grouillant prés de l'entrée du tunnel qu'ils bloquèrent, dégringolant des ponts et des murs sur les bords du gouffre, tombant sur le pont qui menait aux trois amis... Ron, Harry et Hermione se resserrèrent, jusqu'à se retrouver dos à dos, leurs baguettes droit devant eux, prêts au combat.
-N'oubliez pas, murmura Harry, le feu est la seule arme durablement efficace contre eux.
-On oublie pas... répondit Ron, tendu comme une arbalète.
Ils attendirent, frémissants, que les Inferi grimpent en masse sur le pont.
-ALLONS Y ! hurla Harry.
Trois éclairs orangés jaillirent en se transformant trois immenses langues de feu. Aussitôt, les Inferi, terrifiés, firent demi tour pour ceux qui le pouvait, les autres sautant directement dans le vide. En quelques instants, le pont principal fut à nouveau libre.
-VITE ! FICHONS LE CAMP !
Harry sauta sur la passerelle et commença à revenir prés du bord aussi vite qu'il le pu. Hermione le suivit à un ou deux mètres de décalage, Ron juste derrière. C'était pendant ce temps où ils ne pouvaient se défendre sans risquer la chute qu'ils étaient réellement en danger. Les Inferi, rassurés par la disparition du feu, revinrent à l'assaut du pont et Harry, serrant les dents, fut obligé de marcher droit à la rencontre d'un cadavre de femme.
-Accrochez-vous ! recommanda-t-il en sortant sa baguette. « Flambios ! »
La femme morte plongea dans l'abîme, suivie par tous ceux qu'elle précédait. Ils continuèrent d'avancer. Harry atteignit le bord. D'un geste vif, il se dépêcha de gagner le sol merveilleusement stable et lança une rasade de sortilèges de feu sur les Inferi, dégageant presque tout le passage. Hermione approchait ; sa baguette brandit, Harry lui tendit la main et l'aida à le rejoindre sur le chemin. Ron était encore à dix bons mètres du bout du pont. Soudain, un corps glissa d'un pont supérieur et tomba juste derrière lui. L'Inferius lui agrippa la cheville, le faisant chuter en avant sous les cris d'effroi de Harry et Hermione. Désarmé – ils ne pouvaient pas prendre le risque de faire tomber leurs baguettes durant la traversée – Ron s'accrocha fermement à la corde et tapa de toutes ses forces sur la créature. Harry lui décrocha un sortilège cuisant qui le fit lâcher prise, mais malheureusement, en tombant, l'Inferius renversa le pont. Hermione hurla de toutes la puissance sa voix en voyant Ron, toujours accroché, se retrouver le corps dans le vide, simplement retenu par sa prise sur la corde.
-ROOOOOOOOOOOOONNN !
-RON ! NE BOUGE PAS ! J'ARRIVE !
-NON ! Ne viens surtout pas ! Si le pont bouge, je lâche prise !
-Mais...
-Ne viens pas ! répéta Ron une nouvelle fois. Ne faites rien ! Je vais me débrouiller.
Et il se débrouilla. Avec des gestes très lents, il parvint à remonter ses jambes sur une planche, puis, toujours très lentement, il franchit les quelques mètres qui le séparait de ses amis, rampant vers le bord, la tête en bas, le buste dans le vide. Lorsqu'il arriva à portée de main, Harry et Hermione l'empoignèrent vivement et le traînèrent sur le chemin solide. Ron, épuisé, en sueur, se redressa péniblement et Hermione lui sauta au cou en éclatant en sanglots, tremblant de tous ses membres.
Il y eu un craquement sinistre : l'amarre du pont venait de céder de leur coté. Ils regardèrent les planches flotter dans les airs avant de s'écraser contre le mur en face. Curieusement, cela sembla apaiser les Inferi qui remontèrent sur les autres ponts et s'immobilisèrent à nouveau. Le passage était libre.
-Venez, murmura Harry en attrapant un pan de la robe d'Hermione, ne traînons pas.
Ils regagnèrent le tunnel, puis le bas du toboggan, reprirent leurs lianes et arrivèrent en haut sans problèmes. En silence, ils regagnèrent l'entrée de la chambre secrète et ressortirent avec bonheur dans la petite pièce exiguë et poussiéreuse. Il ne faisait pas beaucoup plus jour ici que dans le tunnel, mais l'atmosphère semblait incroyablement plus agréable loin des milliers d'Inferi.
-Où est le Horcruxe ? demanda Ron.
-Là, répondit Harry à voix basse en le sortant de sa poche. C'est moi qui l'ai.
Harry le serra dans ses doigts et le rempocha. Ils jetèrent un dernier coup d'½il au tunnel noir. Ron s'avança vers la porte et, d'un geste résolut, la referma en un bruit sourd. La poignée disparu, le petit serpent gravé ondula sur l'encadrement en l'effaçant au fur et à mesure, avant de revenir à sa place, sellant le passage à jamais.
Ps : Pour avoir la suite plus rapidement, il faut le mériter, donc j'imagine que vous devinez se qu'il vous reste à faire.*Le Forum Du Blog*