« Voldemort : Death !
Hier soir, au c½ur même du Ministère de la Magie, s'est déroulée une bataille à l'issue décisive pour chacun d'entre nous. Cette journée restera à n'en pas douter dans l'histoire de la planète sorcière toute entière ! Il semblerait, d'après nos sources les plus véridiques, qu'hier, en fin de journée, celui qui s'est longtemps fait appeler « Le Seigneur des Ténèbres » a essayé de lancer une offensive contre le Ministère dans le but de prendre de force le pouvoir. Cette tentative de putsch s'est réalisée avec le soutient de tous ses fidèles nommés « Mangemorts », estimés à entre quarante et cinquante individus. La prise du bâtiment avait déjà commencé et fait plusieurs victimes lorsque, fort heureusement prévenu par un jeune et courageux fonctionnaire de garde, l'élite du ministère a pu intervenir et reprendre rapidement le contrôle de la situation, appréhendant au passage la quasi-totalité des Mangemorts. Il semblerait que d'autres personnes d'horizons différents de ceux du Ministère, y comprit de très jeunes sorciers encore qualifiés de Sorciers de premier cycle, aient également prit part au combat. On ignore encore comment. Au point déterminant de la bataille entre membres du gouvernements et criminels, le responsable des deux guerres qui ont agité notre pays et communauté ces trente dernières années a réussit à pénétrer à son tour dans l'enceinte du pouvoir, créant panique et désorganisation parmi les forces alliées. Il serait alors parvenu à prendre plusieurs personnes en otage, dont le jeune homme surnommé « L'Elu » ou encore « Le Survivant ». Nul de sait précisément ce qui c'est alors passé, mais lorsque des membres du gouvernement ont enfin pu rejoindre le groupe de personnes, l'homme répondant au nom de Tom Elvis Jedusort, alias Voldemort, était définitivement décédé. Il semblerait que plusieurs de ses fidèles aient fait partie du personnel sous les ordres (apparents) du Ministre Rufus Scrimgeour, qui a tenu à s'adresser publiquement pour rassurer la nation : « Les évènements qui jusqu'à hier encore inquiétaient tous les sorciers de Grande-Bretagne sont désormais définitivement terminés. Je suis heureux de vous annoncer la mort du criminel communément appelé « Celui-dont-on ne doit pas... »
11 juillet au soir. Remus, assit dans le canapé du salon du Square Grimmaurd, jeta la coupure de presse déjà ancienne dans le feu et le regarda se consumer, brûlant le traditionnel tissu de mensonges qui seul pouvait qualifier les racontars de La Gazette. Remus fixa les flammes dansantes dans la cheminée devant lui. Il ne savait plus très bien s'il était heureux de ce qui allait bientôt se passer, triste de se qui s'était récemment passé, enchanté ou... Terrifié. De toute façon, il était incapable de dormir. C'était au moins quelque chose de sûr. Les pensées se bousculaient dans sa tête. Il se souvenait de sa première transformation, un mois après sa morsure. C'était le lendemain de cette nuit qui était restée la pire de toute son existence qu'il s'était juré qu'il ne transmettrait à personne cette maladie. Il avait alors juste huit ans. Quelques années plus tard, alors qu'il venait de terminer sa troisième année à Poudlard, il avait apprit que la lycanthropie se transmettait également par génétique. Bien sûr, c'était logique, mais il n'y avait alors jamais pensé. Il avait juste quatorze ans. Il avait passé des nuits entières à réfléchir. Et il en était arrivé à une conclusion qu'il avait tenu pour définitivement acquise jusqu'à sa rencontre avec Tonks, à savoir qu'il ne se marierait jamais. Il avait toujours voulu faire passer un savoir. Enseigner. Être père. Le fait de devenir professeur lui avait permit d'y parvenir tout en tenant sa promesse. Et maintenant, il s'apercevait qu'il avait la possibilité de pouvoir rompre sa promesse de rester célibataire sans briser le serment de ne jamais contaminer qui que ce soit. Cela semblait presque trop beau pour être vrai. Il pensa à Timothy. Dans quelques jours, il en serait légalement le père. Il faudrait penser à l'emmener se faire recenser au bureau des créatures magiques. Remus frissonna en repensant à cette affreuse visite, plus de trente ans plus tôt. Un animal. Ou plus exactement, un infâme monstre, dangereux et effrayant. C'était ainsi qu'on l'avait regardé. Aujourd'hui, il était entouré d'amis qui le considéraient comme un homme comme les autres, quelqu'un d'un peu spécial, certes, mais un homme tout de même. Il avait presque du mal à se faire à cela. Un léger grincement derrière lui le sortit de ses réflexions et lui fit tourner la tête. Tonks venait d'entrer elle aussi dans le salon. En chemise de nuit et robe de chambre, elle lui sourit doucement.
-On a eu la même idée, à ce que je vois, murmura-t-elle.
-Les mêmes pensées, plutôt, répondit-il sur le même ton en lui souriant lui aussi.
Il lui tendit la main. Elle y glissa la sienne et vint s'assoire juste à coté de lui en posant sa tête sur son épaule tandis qu'il lui passait un bras autour des siennes. Pendant quelques instants, ils restèrent enlacés à regarder le feu crépitant.
-Toi non plus, tu n'arrives pas à dormir ? demanda finalement Tonks.
Il sourit et la serra un peu plus contre lui.
-J'ai trop de choses dans les yeux. Je ne sais pas si ce sont mes rêves ou mon futur proche qui défilent. Mais c'est trop beau à regarder pour vouloir les quitter du regard.
-En tout cas, j'ai hâte de voir la tête que tu vas faire demain quand je vais rentrer dans l'église, avoua-t-elle à la fois timidement et malicieusement. Molly m'a fait acheter la plus belle robe de tout le magasin.
-Je ne pourrais pas être plus émerveillé que je ne le suis déjà en te regardant, garantit Remus en s'appuyant la tête sur son poing pour la contempler, un tendre sourire au coin des lèvres.
-Vil flatteur, rétorqua-t-elle avec un petit rire.
-Fais moi plaisir, ajouta Remus. Demain, je tiens à t'épouser, toi. Pas l'une de tes nombreuses couvertures...
Ils pouffèrent en c½ur.
-C'est promit, assura Tonks. Je ne transformerait même pas mes cheveux.
-Merci. Tu sais, nous devrions tout de même allez dormir. Je ne sais pas pourquoi, mais avec la bande de jeunots que nous avons invité au mariage, j'ai comme l'impression que la nuit prochaine va être très courte question heures de sommeil et très longue question musique...
Tonks approuva d'un signe de tête. Ils se levèrent tout les deux et remontèrent jusqu'à la porte de chambre de Tonks, où il n'y avait plus qu'une tenue de rechange, une trousse de toilette et sa robe de mariée. Remus s'arrêta sur le seuil et lui fit une bise.
-Adieu, beau célibataire, chuchota Tonks.
-Adieu, Mademoiselle Tonks, répondit Remus. Promettez-moi que vous me garderez la première danse, demain.
-La première, ce ne sera guère possible, monsieur, parce que je garde cette valse pour mon papa, comme le veut la tradition. Mais la deuxième, volontiers.
Ils se sourirent, puis Tonks se glissa dans l'entrebâillement de la porte de sa chambre après lui avoir effleuré le bout du nez, et il remonta à son tour les escaliers. Il repensa encore une fois au lendemain qui s'annonçait riche en émotions. Ils avaient invités tous les membres de l'Ordre et de l'AD plus beaucoup d'autres de leurs amis et proches, ce qui était effectivement une raison pour penser que la fête perdurerait tard dans la nuit. Ces derniers temps, chaque fois que quelqu'un qui n'était pas encore invité passait au 12, il y avait toujours soit Ginny, soit Hermione, soit Molly, soit Luna, soit Fleur soit encore quelqu'un d'autre pour l'inviter aussitôt au mariage. Remus et Tonks étaient loin de s'en plaindre, mais ils ne pouvaient s'empêcher d'éclater de rire en pariant sur qui inviterait le nouveau venu avant l'autre. Dix jours plus tôt, alors qu'ils sortaient tous du salon après le déjeuner, Remus s'était aperçu que Rogue n'avait pas encore été invité. Ils étaient les derniers dans la pièce, tout le monde était déjà sortit et Severus s'apprêtait à faire de même.
-Severus ! l'avait-il rappelé.
Rogue s'était retourné, sur le pas de la porte.
-Oui ?
-Je viens de me rendre compte que nous ne t'avions pas encore invité. Tu veux venir à mon mariage ? avait-il dit d'un ton aimable.
Rogue avait eu l'air franchement stupéfait.
-C'est comme tu veux, avait ajouté Remus de sa voix douce. Si tu veux venir, tu es le bienvenu, la cérémonie commence à 11 heures.
Rogue avait mit encore trois bonnes secondes à revenir de sa surprise avant de se reprendre.
-Je serai là, répondit-il sobrement, un sourire au fond des yeux.
-Très bien, c'est dit, conclut Remus en hochant la tête et en traversant la pièce pour sortir.
Il était déjà passé à autre chose. Inviter Severus Rogue à son mariage ne lui paraissait pas plus étrange que de le sortir d'une cage ascenseur dans laquelle il était sur le point de tomber. Soudain, alors qu'il s'apprêtait à remonter dans sa chambre, il s'était rappelé un autre petit détail qui l'avait fait se retourner.
-Ah, j'oubliais, avait-il dit en se donnant une tape sur le front. Ce sera un mariage, Severus. Pas un enterrement...
Il avait pointé Severus du doigt en faisant un léger mouvement de l'index et un lui adressant un regard discret. Rogue avait jeté un coup d'½il à sa tenue et avait soudain saisi ce qu'il voulait dire.
-Ne t'inquiète pas, avait-il dit en se mettant à rire. Je mettrai quelque chose d'un peu plus coloré.
-Merci, avait répondu Remus avec un sourire amusé.
Allongé sur son lit, il sourit à nouveau en y repensant. Il n'était pas sûr que Severus ait porté un vêtement qui ne soit pas noir depuis qu'il était sorti de l'école. Remus se tourna sur le matelas, résolument incapable de fermer l'½il. Il espérait simplement qu'il n'aurait pas, après-demain, après deux nuits presque blanches, des cernes aussi noirs que les vêtements de Severus.
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Tap tap tap ! Tap tap tap tap tap !
-Tonks ! Debout ! s'exclama une voix derrière la porte.
Tonks se réveilla en sursaut.
-Mmm... Qu'est c'y s'passe ? marmonna-t-elle en allant ouvrir la porte, enroulée dans sa couverture.
-Bonjour Tonks, lança joyeusement Ginny. Excuse-moi de te réveiller mais il est tard et il faut que tu commences à te préparer ! Il est déjà huit heures et demi, la cérémonie commence dans deux heures et demi !
-QUOI ? Oh non, c'est pas vrai ! J'ai oublié de remonter mon réveil ! Bon sang ! Je suis en retard ! Je suis affreusement en retard, je suis complètement en retard, je suis terriblement en retard, AAARGH ! Je suis en retard le jour de mon mariage !
-Mais non, voyons ! s'exclama Ginny en éclatant de rire. Tu n'es pas en retard du tout, sauf si tu commences à t'affoler comme ça ! Tout va bien ! Tout est sous contrôle ! Tu vas commencer par descendre manger un bon petit déjeuner, ensuite tu prendras une douche fraîche et tu auras déjà les idées plus claires.
-Euh... D'accord... Où est Remus ?
-Il est déjà partit.
-Quoi ? Il est partit ? Où ? Comment ? Pourquoi ? Où ça ? Où est-ce qu'il est ?
-Mais chez lui, voyons – pardon, chez vous ! Il est allé à la Tanière il y a une petite vingtaine de minutes, pour se préparer. Tu n'es pas sans savoir que ça porte malheur qu'un marié vois sa future en habit avant la cérémonie ! Allez, viens, il n'y a plus que des filles dans cette maison. Tous les hommes sont allés au Terrier pour s'habiller correctement sous la direction de Maman. Papa à tenu à accompagner ton futur ex-fiancé afin d'être sûr qu'il ne mette pas sa chemise à l'envers, Luna est arrivée il y a à peine un quart d'heure pour donner un coup de main et Kingsley est allé chercher Tim à la clinique. Charlie est arrivé hier soir à la maison, il tiens à être le balais-boussole. Il n'y a plus que moi, Hermione, Luna, Fleur et toi ici. Les jumeaux et Bill sont aussi à la maison, maman y tenait. Et toi, dés que tu seras habillée, nous t'emmenons à l'église pour que tu ne soit pas décoiffée et que ta belle robe ne soit pas salie avant la fête. Je crois que tes parents arriveront vers dix heures et demi, ils ont un peu de chemin à faire pour venir.
-Ah... d'accord, bredouilla Tonks en terminant de traverser le couloir.
Elle se força à avaler quelque chose malgré son estomac noué, prit une bonne douche, enfila une robe de sorcier habituelle et redescendit, les cheveux encore un peu mouillés, à neuf heures quinze sonnantes. Sous la direction de la seule femme mariée du groupe, à savoir Fleur, le joyeux cortège de demoiselles partit à l'église, dans la partie exclusivement féminine de la paroisse. Tonks était à bout de nerf. Eclatant de rire pour n'importe quelle raison, paniquant tout autant, incapable de rester immobile, elle mena la vie dure à ses quatre maquilleuses qui durent hausser le ton pour qu'elle reste assise sans bouger pendant qu'elles lui faisaient les ongles à tour de rôle. A tour de rôle car elles aussi devaient s'habiller et se coiffer entre deux coups de baguette donnés sur la robe blanche pour éviter tout plis de dernière minute.
Au Terrier aussi, l'effervescence était à son comble. Lorsque Ginny assurait que tous les hommes du 12 était sous la direction de sa mère, ses propos ne pouvaient pas être plus exacts. Avec le mariage de Bill l'année passée, Mme Weasley avait acquit une certaine expérience de la négligence dont les hommes – et particulièrement ses fils – pouvaient faire preuve lorsqu'ils étaient sensés se vêtirent avec une certaine distinction. Après avoir retrouvé maintes paires de chaussettes égarées, repassé quantités de chemises qu'on découvrait à la dernière minute fripées comme des chiffons, distribué nombres de coups de brosse sur à peu près toutes les vestes qui la veille encore était « absolument impeccables », poussé une centaine de hurlements, manqué de perdre la tête plus d'une vingtaine de fois et descendu et remonté en courant les escaliers au moins le double, Mme Weasley parvint à s'assurer que la gente masculine des invités proches serait irréprochable. Elle-même venait à peine de finir de se préparer lorsque Kingsley arriva avec Timothy et les aller-retours reprirent à travers toute la maison avant que Mme Weasley ne parvienne à retrouver tous les vêtements du garçonnet. Il fallu développer des trésors de patience avant que Tim ne se laisse débarbouiller, habiller, coiffer et que Kingsley, après avoir été détaillé sous toutes les coutures, soit autorisé à partir avec lui à l'église pour rejoindre les invités scrupuleux d'être à l'heure. Enfin, la dizaine d'homme dévala les escaliers avec à peu près la même délicatesse qu'un rhinocéros en pleine charge et ils arrivèrent tous en bas des marches, dans le hall d'entrée, fignolant les dernier détails de leurs tenues dans un brouhaha de conversations enjouées.
-Silence ! ordonna Mme Weasley. Tout le monde en ligne, que je vérifie un peu votre allure !
Par expérience, les six fils Weasley s'abstinrent de discuter et s'alignèrent devant les escaliers. Par précaution, Neville, Drago et Harry (arrivés tôt le matin suite à un arrêt Ginnistériel décrétant que le 12, Square Grimmaurd devait être débarrassé de toute présence masculine jusqu'au mariage) jugèrent prudent de faire de même, tandis que Rogue, un peu en retrait, terminait de boutonner l'une de ses manche en se jetant un rapide coup d'½il dans un miroir.
-C'est aussi valable pour vous, là-bas ! aboya Mme Weasley en pivotant vers lui, les poings sur les hanches.
Rogue se figea, ahuri, tandis que les neufs jeunes hommes explosaient de rire en entendant la répartie de leur mère ou hôtesse.
-On se tient droit ! gronda férocement Mme Weasley en se retournant vers eux.
Ils s'efforcèrent tout les neuf de reprendre leur sérieux et de se redresser, hilares. Leur ancien professeur de potion, si strict, si autoritaire, venait de se faire moucher en beauté comme un gamin. Rogue, encore sous le choc, ne répliqua pas et alla se placer à coté de Bill, dernier de la rangée. Mme Weasley commença son inspection en grommelant.
-Même organiser un mariage en deux mois ne me donne pas autant de soucis que l'habillage pour une seule journée de mes six fils réunis, marmonna-t-elle en arrangeant le col de Neville. Rajoutez-en quelques autres et il y a de quoi devenir folle... Ron, tu as une saleté sur le nez, signala-t-elle en lui ôtant un fil sur sa robe.
Ron bondit en arrière pour éviter que sa mère ne se mette en tête de lui enlever elle-même la trace sombre qu'il avait sur l'airelle du nez.
-Percy, tu me nettoies ces lunettes, on dirait un concentré de traces de doigts.
Percy ôta docilement ses lunettes et sortit un mouchoir de sa poche pour les essuyer, le bras gauche toujours écharpé bien qu'il puisse à nouveau se servir de sa main à peu près normalement.
-Charlie, ferme immédiatement ce gilet. On ne met pas un gilet court ouvert sur une cravate, enfin. Soit tu l'enlèves, soit tu le fermes.
-Oui, maman.
-Drago... Mmmmmm... Ça va...
Drago esquissa un sourire satisfait.
-Mais des souliers, ça ce cire, conclut-elle implacablement.
Le sourire de Drago glissa de son visage tandis qu'il jetait un coup d'½il sur ses chaussures propres mais effectivement en manque de cirage.
-Fred, crache cette bulle baveuse, exigea sa mère
-Tout de suite, Général ! lança joyeusement Fred.
-Tu te tais ! gronda Mme Weasley qui l'étrangla à moitié en lui fermant le dernier bouton de sa chemise. Et toi, tu arrêtes tes singeries ! aboya-t-elle à l'adresse de Georges qui venait de faire un salut militaire alors qu'elle lui redressait sa cravate un peu lâche.
Ce fut au tour de Rogue de retenir un sourire ironique et entendu en détournant les yeux, toujours bien droit à coté de Bill.
-Harry, tourne-toi, je ne sais pas où tu as rangé ta veste, le dos est couvert de poussière, continua Mme Weasley en le faisant pivoter sur lui-même pour lui brosser les épaules. Bill... Oh, voyons, Bill, tes cheveux sont complètement impossibles !... Tu ne te décideras donc jamais à les raccourcir ? Et cet affreux anneau, à ton âge, franchement... Qu'est-ce qu'elle en dit, Fleur ? Avec son goût si raffiné...
-Maman, Fleur aime beaucoup cet anneau, moi aussi, et non je ne ferai pas couper mes cheveux.
-Tssk ! Très bien, comme tu voudras ! ronchonna-t-elle en lui tirant le bas de ses manches un peu plus fort que ce qui était nécessaire.
Elle secoua la tête d'un air impatienté avant de s'arrêter devant le dernier de la file. Rogue, les mains dans le dos, continua de fixer obstinément les poutres du plafond alors que tous ses anciens élèves se mordaient les joues pour éviter d'éclater de rire. Mme Weasley le détailla d'un regard critique, tira d'un coup sec sur son n½ud papillon, arrangea ses épaulettes, grommela quelque chose d'indéfinissable qui signifiait qu'il était à peu près présentable puis recula d'un pas pour tous les avoir dans son champ de vision.
-Bon ! Vous êtes tous corrects. Il est dix heures trente-cinq, on file à l'église. Arthur et Remus doivent déjà y être. Aller, tout le monde dehors ! insista-t-elle en les poussant hors de l'entrée.
Ils transplannèrent tous à quelques pas de la petite église où une vingtaine de personnes attendaient déjà. Fred et Georges se glissèrent aussitôt dans la petite foule pour retrouver Katy Bell, Alicia Spinet, Lee Jordan et Angélina Johnson. Charlie et Percy les accompagnèrent, avant d'être rejoint par Drago et Neville. Harry, témoin du futur jeune marié, Bill, autre jeune marié, ainsi que Ron, en qualité d'ami proche des trois personnes citées, se glissèrent dans la partie droite des coulisses de l'église pour retrouver Remus et Mr Weasley tandis que la femme de se dernier partait dans les coulisses de gauche afin d'aider la mariée, la mère de celle-ci n'étant pas encore arrivée.
-Oh, non, c'est complètement stupide, lâcha brusquement Remus en se dirigeant soudainement vers la porte de la petite pièce de dernière retouche coté homme.
-Qu'est-ce qui est stupide ? s'étonna Mr Weasley, prit de court.
-Toute cette mascarade ! Moi déguisé en pingouin...
-Quoi ? Tu es très bien, enfin ! protesta Arthur en avisant son costar noir, sa cravate gris perle, sa chemise d'un beau blanc immaculé et ses souliers cirés.
-Tous ces gens sur leur trente et un...
-Tu voulais qu'ils arrivent en jeans et robes de tous les jours ? demanda Arthur, mi-incrédule, mi-amusé.
-Le tout pour me ramasser un « Non ! » clair et net en plein visage ! Non non, c'est ridicule. Je rentre chez moi.
-QUOI ? Remus, attends ! Tu ne vas tout de même pas faire ça !
-Et si je le fais tout de même, qu'est-ce qui ce passe ? s'exclama Remus en ouvrant d'un geste brusque la porte.
Il manqua de heurter Bill, Harry et Ron.
-Vous avez oublié quelque chose, Remus ? demanda aimablement Ron.
-Euh... N-Non, je...
-Il a décidé de rentrer chez lui, expliqua Mr Weasley, les bras croisés derrière lui. Il est persuadé que Tonks, après avoir attendu deux ans que Monsieur se décide à prendre un peu de plomb dans la tête, va lui dire « Non » devant toute l'église.
Bill et son père éclatèrent de rire. Remus resta stupéfait. Harry et Ron échangèrent un regard ahuri.
-Pas de doute, vous êtes en train de vous marier, Remus ! assura joyeusement Bill. Ça m'a fait pareil dix minutes avant d'entrer dans la chapelle. J'étais persuadé que Fleur allait me larguer devant tous mes amis.
-Et j'étais absolument certain que Molly ferait la même chose dés que le prêtre lui aurait demandé son avis, ajouta calmement Mr Weasley.
-C'est différent ! Vous, vous n'êtes pas... Comme moi ! protesta Remus. Vous, vous n'aviez pas quatorze ans d'écart avec votre fiancée et vous n'étiez pas un loup-garou !
-Et voilà, ça y est, il remet ça, soupira Harry en secouant la tête tandis que Ron partait d'un grand rire. Dites, ce serait une bonne idée que vous vous souveniez que Tonks vous a déjà dit « oui » lorsque vous l'avez demandée en mariage. Ce serait aussi une bonne idée que vous vous rappeliez que vous avez tout les deux un gamin qui vous attends et qui compte sur vous, et, pour finir, vous devriez aussi réfléchir au fait que Tonks est amoureuse de vous, que c'est une chose réciproque et qu'elle est exactement aussi stressée que vous. Je doute qu'elle apprécie beaucoup si vous la laisser aller toute seule à son mariage...
Remus les regarda en se mordillant l'intérieur des joues.
-Allez, ça va bien se passer, arrêtez de paniquer ! termina Harry en lui flanquant une tape sur l'épaule.
-C'est exactement ce que j'ai dit à James quelques instants avant son mariage, marmonna Remus, le regard fuyant.
-Mais bien sûr ! Evidemment ! Et c'est la même chose que me dira Ron le jour où je me marierai ! s'exclama Harry.
-Allons, Remus ! ajouta Bill. Angoisser avant le début des choses sérieuse, c'est normal, ça arrive à tout le monde, ça fait partie du folklore et de la tradition, même si c'est pas marqué dans le code civil d'un beau mariage ! Demain, vous le raconterez à Tonks, et vous serez tout les deux morts de rire. Alors maintenant, vous allez respirer un grand coup et vous détendre, et tout ce passera comme sur des roulettes. Ok ?
Remus leur jeta un regard incertain.
-D'accord, capitula-t-il, je suis encore plus bête que j'en ai l'air, et les quatre autres hommes acquiescèrent tranquillement, un petit sourire aux lèvres.
-Et s'il disait « Non » ? s'inquiétait Tonks en se tordant les mains dans la pièce exactement opposée de celle où son futur mari se trouvait. Hein ? S'il refusait de m'épouser ?
-Mais non, voyons ! protesta Molly. Il t'aime autant que toi, ça fait plus de deux ans qu'il t'aime, il ne risque pas de dire non ! Calme-toi un peu, que je finisse de lacer le dos de ta robe.
-Mais si ce n'était pas vrai ? S'il ne m'aimait pas ? s'étrangla la jeune femme, complètement paniquée.
-Il ne t'aimerait pas, et il garderait une bague de fiançailles deux ans dans sa poche avant d'oser de l'offrir ? C'est très logique ! sourit Hermione. Et je te signale au passage que nous avons passé plus de quarante minutes pour te faire les ongles, ce n'est pas le moment de commencer à les ronger...
-Excuse moi, bredouilla Tonks. Je suis tellement nerveuse !...
-Je crois que nous l'avions compris... ironisa Ginny. Allez, détends-toi, tu vas finir par froisser ta robe.
Tonks s'efforça de se calmer et de rester immobile, son bouquet de fleurs dans les mains, tandis que la Mme Weasley mère, la jeune Mme Weasley, la futur Mme Weasley et l'actuelle Melle Weasley s'affairaient autour d'elle. Fleur lui installa le voile sur le front, assujettit très soigneusement la couronne de fleurs blanches et roses comme le bouquet de mariée et releva le tulle blanc pour éviter qu'il ne gêne la vue de Tonks dans un premier temps.
-Attention, intrus à l'horizon ! s'exclama Luna en passant la tête par la porte. C'est Harry, je crois que tu devrais sortir, Ginny.
Ginny se précipita hors de la pièce.
-Harry ? Qu'est-ce qu'il y a ?
-Salut Ginny ! Dis-donc, tu es superbe !...
-Je pourrais en dire autant de toi si je ne savais pas que c'est grâce à maman que toi et mes frères êtes impeccables... Au juste, qu'est-ce que tu fais là ? C'est réservé aux dames, normalement.
-Je sais, mais je voulais simplement demander à la mariée si elle avait bien l'intention de dire « oui », parce que je crois que le marié en doute.
Ginny éclata de rire.
-Tu répondras au marié que la mariée se pose la même question. Maintenant, tu m'excuses, mais je dois retourner donner un coup de main. Et tu n'as plus rien à faire ici.
-Oui chef ! A plus tard !
-Salut !
Harry fit demi-tour. En temps que témoin, il devait également veiller à la présence du porteur d'alliances. Il décida de partir à sa recherche.
Toc toc.
-Je peux entrer ? demanda Hermione à travers la porte de la pièce Messieurs.
-Oui ! répondirent quatre voix en même temps.
-C'est juste pour vous transmettre le message de l'abbé, il dit que tout est prêt et qu'on commence dans dix minutes. Il est onze heures moins cinq, tout le monde est entré dans l'office, dit la jeune fille en adressant un sourire à Ron, qui le lui rendit en la regardant avec tendresse d'un air admiratif.
-D'accord, on se tiens prêt. Le marié est parfait.
-Faites voir... marmonna Hermione en passant Remus au crible. Mmm... Attendez une minute...
Elle chassa deux cheveux du col de robe du marié, lui ajusta une manchette.
-Là ! Il est encore plus parfait comme ça.
Ron leva les yeux au ciel.
-Quelqu'un peut m'expliquer pourquoi les filles ont toujours cette manie de vérifier cent fois les tenues des hommes ?
-Pose-toi la bonne question : Pourquoi les hommes sont-ils résolument incapables de soigner leur tenue ?
Ils s'abstinrent soigneusement de répondre. Hermione leur sourit à tout les quatre et ressortit pour partir à la recherche du témoin.
-Tu es superbe, ma puce ! murmura Ted Tonks en regardant sa fille avec émotion.
-Bonjour papa ! Je suis bien contente de te voir. Où est maman ?
-Elle est déjà dans la chapelle. Elle a peur de pleurer en te voyant, alors elle a préféré me laisser te voir seul. De toute façon, c'est au père de la mariée que revient le privilège d'accompagner sa fille à l'autel.
-Bon ! s'exclama joyeusement Mme Weasley. Et bien il est temps d'y aller, alors ! Nous avons déjà cinq minutes de retard, ce qui est tout à fait normal pour une mariée, et tout le monde est en place. Vous devriez y aller, les filles, je vous accompagne.
Fleur, Luna, Ginny, Hermione et Mme Weasley partirent donc, après un dernier mot de félicitation et d'encouragement pour Tonks.
Les bancs de l'église étaient pleins de monde. Dans les premiers rangs, les plus proches amis, émus, se regardaient en échangeant sourires complices, petits signes de mains... Remus, un peu nerveux, était déjà devant l'autel. Harry se tenait sur sa droite, Mme Weasley à l'opposé. Les premières notes de musique résonnèrent dans toute la chapelle et un profond silence se fit. Les portes s'ouvrirent, au fond, et tout le monde se retourna. Dans la lumière du mois de juillet, Tonks, au bras de son père, son bouquet à la main, le carré de tulle blanc abaissé sur son visage, avança lentement dans l'allée centrale, sous les regards chaleureux et émerveillés de tout le monde. Ses yeux croisèrent ceux de Remus. Tout d'un coup, l'un comme l'autre oublièrent leurs inquiétudes de futurs mariés. Remus la regarda avec un air profond, ébloui. Les filles n'avaient pas menti, la robe de Tonks était vraiment très jolie, avec ses manches en dentelle qui s'arrêtaient aux poignets en laissant les épaules découvertes, sa coupe bien dessinée, le satin blanc pur qui brillait à chaque pas de Tonks, le dos fermé par un lacet... Mais Remus non plus n'avait pas mentit. Peu importait comment apparaissait Tonks, il était impossible de la rendre plus belle à ses yeux. Elle arriva à l'autel et lui adressa un sourire un peu crispé. Son père lui sourit avec une fierté grave et heureuse avant d'aller s'assoire à coté de sa femme – qui pleurait en souriant. Harry, à coté de Remus, lui fit un clin d'½il ; Tonks eu le temps de voir Timothy, sage et souriant, sur les genoux de Ginny, avant de recroiser le regard de Remus, juste à coté de lui. Ni lui ni elle n'entendirent un mot des sermons, psaumes et extraits de la Bible que dit le prêtre. Ils n'arrivaient pas à se quitter des yeux. Enfin, le religieux en arriva à la seule partie que tout le monde attendait avec une impatience mal maîtrisée.
-Remus Lupin, acceptez vous de prendre cette femme pour épouse, de l'aimer, de la chérir et de la protéger toute votre vie, dans la santé comme dans la maladie, dans la joie comme dans la douleur, et ce jusqu'à ce que la mort vous sépare ?
Remus la regarda une nouvelle fois avec un très doux sourire.
-Oui.
-Et vous, Nymphadora Tonks, acceptez vous de prendre cet homme pour époux, de l'aimer, de le chérir et de le protéger toute votre vie, dans la santé comme dans la maladie, dans la joie comme dans la douleur, et ce jusqu'à ce que la mort vous sépare ?
Nouveau regard. Nouveau sourire.
-Oui.
-Je vous déclare Mari et Femme, unis dans les liens sacrés du mariage...
Ginny posa Timothy par terre, lui donna le petit coussin bleu pâle sur lequel deux anneaux d'or étaient posés, lui chuchota quelques mots à l'oreille et le poussa doucement vers l'autel. Le petit garçon, radieux et plein d'insouciance, s'avança vers les deux mariés qui eurent le soin de lui faire une bise, amusés, avant de prendre les deux anneaux et de se les glisser mutuellement au doigt. Timothy retourna rapidement sur les genoux de Ginny
-...Vous pouvez embrasser la mariée, conclu le prêtre.
Ils rayonnaient de bonheur. Remus releva délicatement le voile de Dora, se pencha doucement vers elle et ils s'embrassèrent, sous les hurlements de joie et les applaudissements frénétiques d'une multitude de personnes qui s'étaient levées de leurs bancs. Ils s'écartèrent ; le baiser n'avait duré qu'une seconde. Ils signèrent rapidement le registre de mariage, virent à peine Molly et Harry faire de même dans la colonne des témoins. Ils étaient beaucoup trop heureux pour enregistrer ce qui se passait vraiment. Molly embrassa Remus puis Dora, Harry fit la bise à la jeune femme avant de serrer la main du marié en leur adressant des félicitations qui se perdirent dans le joyeux tumultes des acclamations et des cris de joie. Dora se rappela brusquement d'un détail qu'elle avait faillit omettre. Tout en glissant son bras droit sous le bras gauche de son mari, encore tourné vers l'autel pour recevoir une dernière bénédiction de ce prêtre bavard, Dora lança son bouquet de fleurs par dessus son épaule. L'église entière retentit d'un même cri. Ginny, qui s'approchait en tenant Timothy par la main, reçu le bouquet sur la tête et le rattrapa machinalement. Elle rougit, redressa la tête, le bouquet en main. Harry se tourna instantanément vers elle et la regarda d'un air si éloquent que Ginny vira à l'écarlate et détourna les yeux, les joues en feu. Le cri de la foule se transforma en un concert de sifflets goguenards et d'éclats de rire moqueurs. La marche nuptiale s'éleva dans l'air et le silence revint, respectueux. Le jeune couple traversa lentement la chapelle en sens inverse, tous les invités derrière eux. Ils arrivèrent devant la balustrade blanche, juste après la porte en bois, et la petite foule de monde descendit par les escaliers situés de part et d'autre de l'avancée. Lorsque tout le monde fut enfin rassemblé devant la chapelle, en face des mariés un peu en hauteur, Remus souleva sa femme comme une plume et la fit tourner dans ses bras, sous les rires et les nouvelles ovations des invités. Le témoin, qui sortait en dernier après Mme Weasley, lâcha la main du petit porteur d'alliances qui fila droit vers les mariés et tira un peu la jambe de pantalon de Remus. Remus se pencha, tomba nez à nez avec le sourire de chérubin du petit garçon et comprit tout de suite le message. Il reposa Dora sur le sol – tout en gardant un bras passé autour de sa taille – et prit Timothy sur son bras droit. Les clichés de photo redoublèrent, aveuglant de flashs la petite famille. Lorsqu'ils descendirent à leur tour les marches de l'escalier et après les quelques traditionnelles photos officielles, ils furent joyeusement bombardés de poignées de riz. Les jumeaux lancèrent des catapultes de mariages, nouvelles inventions dont ils avaient eu l'idée près d'un an plus tôt au mariage de leur frère aîné qui firent merveille en transformant la radieuse journée d'été en une atmosphère neigeuse tant les grains blancs étaient nombreux à voler dans tous les sens. Remus, Tim et Dora durent s'échapper en courant pour éviter leurs sympathiques poursuivants. Ils se retrouvèrent quelques instants plus tard chez les Weasley qui accueillaient la famille pour le déjeuner et l'après-midi, avant le grand dîner et la soirée dansante à la salle de bal. Les quelques heures suivantes filèrent à toute vitesse. Le buffet était aussi joyeux que délicieux (connaissant les talents de cuisinière de Mme Weasley, le buffet était donc très joyeux) et on passa l'après-midi à jouer à toutes sortes de jeux un peu idiots mais d'occasion. Timothy, de très loin le plus jeune de la troupe, passait de bras en bras et s'amusait énormément. Vers dix-huit heures, cependant, il fallut le ramener à l'hôpital pour l'avant-dernière nuit qu'il devait y passer avant la signature officielle de son adoption. Le petit garçon, épuisé, dormait quasiment dans les bras de Mr Weasley qui s'était proposé pour le ramener. Remus et Dora l'embrassèrent affectueusement, sachant que dans moins de quarante-huit heures, ils seraient ses parents, et tout le monde partit en direction de la salle de bal.
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Le dîner venait de se terminer par un gâteau absolument gigantesque et surtout exquis. Les bouchons de champagne avaient sautés en faisant des détonations impressionnantes – il fallait dire aussi que Fred et Georges, ainsi que Lee, Ron et Ginny, avaient pris le soin de secouer toutes les bouteilles en douce quelques instants avant l'ouverture – et le Whisky pur feu avait coulé à flots. Harry tapa son verre de sa baguette magique pour augmenter le bruit. A grand peine, le silence revint à peu près dans la salle.
-Et maintenant, lança-t-il d'une voix forte pour couvrir les derniers bruissements, Place à la danse ! Musique, Maestro !
La célèbrissime valse du Beau Danube Bleu s'éleva avec élégance alors que Dora, au bras de son père, ouvrait le bal dansant. Petit à petit, d'autres danseurs vinrent fournir la piste en bois ciré. Harry prit Ginny par la main. Ron entraîna Hermione non loin de là. Fred, Georges et Lee firent de même avec les trois anciennes poursuiveuses de l'ex-meilleure équipe Quidditch de Poudlard. D'autres couples s'avancèrent, jusqu'à la fin de la valse. Remus apparu juste à coté de sa femme et de son beau-père.
-Tenez, sourit Ted, un peu ému. Je vous la confie. Prenez en soin.
-Comptez sur moi, promit Remus.
Dora eut un sourire qu'il lui rendit. La musique suivante commençait déjà, plus rapide, plus moderne, avec des paroles qui tirèrent les jeunes mariés de leur contemplation rêveuse. Ils se rappelèrent que Harry, Ron, Ginny et Hermione avaient passés des heures à se décider pour la choisir, refusant catégoriquement de leur en parler.
« On vous souhaite tout le bonheur du monde,
Et que quelqu'un vous tende la main ;
Que votre chemin évite les bombes,
Qu'il mène vers de calme jardins. »
Remus et Dora redressèrent la tête, agréablement surpris, tandis que tous les jeunes de la soirée se mettaient à hurler et à chanter à tue-tête en frappant dans leurs mains.
« On vous souhaite tout le bonheur du monde,
Pour aujourd'hui comme pour demain ;
Que votre soleil éclaircisse l'ombre,
Qu'il brille d'amour au quotidien... »
Tout le monde reprit en c½ur la chanson si bien choisie, puis une autre passa, puis encore une autre, et Remus et Dora partirent dans un tourbillon de danses. Dora avait pris le soin de mettre des souliers assez plats pour pouvoir danser à l'aise. Excellente initiative au demeurant, puisque Ginny et les trois plus jeunes de ses frères, qui s'étaient chargés presque seuls de la sélection musicale, firent passer les rythmes les plus endiablés possible. La quatrième musique fut un Rock'n'Roll particulièrement rapide qui fit la joie des deux stars du jour. Agencée par une dominance de Twist, de Celtique et de Rock, le bal se poursuivit des heures durant dans la bonne humeur.
Drago, encore attablé bien qu'il ait fini de manger depuis déjà longtemps, regardait le joyeux tumulte avec un sourire. C'était une sympathique journée, et cette soirée était encore plus sympathique. Il était heureux que sa cousine l'ait invité. De loin, il suivait plus particulièrement les pas d'une danseuse blonde aux grands yeux bleus un peu éthérés.
-Alors, tu te décides, à l'inviter ? lança joyeusement Harry en lui flanquant une baffe dans le dos qui manqua de le faire plonger dans son assiette à dessert.
-Quoi ? demanda Drago en redressant la tête vers le jeune homme brun qui le regardait, assit sur la table, les yeux rieurs.
-Andouille ! balança Harry, dans un mélange d'agacement et d'amusement. Luna, pardi ! Tu vas te décider, à la faire danser ? C'est l'occasion, tu ne crois pas ?
-Ben, c'est à dire que... En fait, j'ai pas vraiment eu l'occasion de lui parler, depuis... tout ce qui c'est passé, il y a trois semaines... Donc, en fait...
C'était vrai. Après les évènements récents, Luna était retournée chez son père. Elle n'était revenue que ce matin au 12 et ils s'étaient à peine entrevus à l'église.
-Tu n'as pas eu besoin de discuter beaucoup, il y a trois semaines, je crois ! sourit Harry. Luna l'a raconté à Ginny – en passant – qui me l'a raconté – beaucoup moins en passant. Allons, va lui parler ! De toute façon, ça ne sert à rien de rester là à attendre. Et puis, tu as l'air doué pour les langues étrangères, ajouta-t-il en éclatant de rire.
Drago rougit jusqu'à la racine des cheveux et se racla la gorge, gêné. Une main effleura son épaule, de l'autre coté. Il se tourna cette fois vers la jeune fille dont il était justement question.
-Bonsoir. Tu vas bien ? demanda gentiment Luna en lui souriant.
-B-Bonsoir, bredouilla Drago en se levant.
-Bon ! s'exclama Harry en se levant à son tour. Je vois que je suis de trop. Je vous laisse !
Il adressa un clin d'½il à Luna avant de rejoindre Ginny. Il y eut un temps de silence entre les deux jeunes gens.
-Ahem... Alors, ça marche, le journal de ton père ? demanda Drago, histoire de dire quelque chose.
-Oui, très bien, merci. Il a publié pas mal d'article sur ce qui c'est passé il y a trois semaines puisque je lui ai raconté, et le tirage du magazine a encore augmenté. Mais papa était surtout très heureux de me revoir en bonne santé.
-Ah, oui, bien sûr, approuva Drago. C'est normal, pour un père. Je veux dire, même le mien s'inquiétait pour moi. Enfin, pas dans le même sens... Enfin si, mais... Euh... Je veux dire, c'est bien que tu n'ais rien eu de grave, finalement. Moi aussi, je suis content que tu n'ais pas été blessée.
-Merci. Tu as l'air mal à l'aise, remarqua Luna en ressortant son talent pour dire des vérités gênantes.
Drago rougit encore un peu plus.
-Ben, c'est à dire, on... on a pas vraiment eu l'occasion de parler, depuis qu'on est sortit de l'hôpital, et, euh... enfin, après ce que je t'avais dit au Département des Mystères... J'avais pas vraiment les idées claires, à ce moment là, donc...
-C'était pas sincère ? demanda Luna, tout aussi calmement que d'habitude.
Drago la regarda. Cette fille était décidément aussi franche que déroutante. Il commençait à la connaître : lorsqu'elle parlait comme cela, il avait le choix entre se troubler et s'empêtrer dans des explications confuses et embrouillées comme il venait de le faire, ou alors être aussi franc et calme qu'elle, quel que soit le sujet.
-Si. C'était très sincère, et ça l'est toujours. Le problème, c'est que c'était peut-être un peu trop sincère – ou en tout cas trop brusque. Et c'est pour ça que je ne suis pas très à l'aise, même si je suis content que tu sois venue me voir ce soir.
Luna esquissa un sourire. Calme et franchise. Epreuve réussie.
-Alors si c'était sincère, tu n'as pas à être mal à l'aise. « La vérité ne blesse que l'oreille d'un mauvais roi ».
Drago resta un instant effaré. Cette fille était plus que déroutante. Elle était carrément épatante.
-Tu n'es pas fâchée ? demanda-t-il un peu timidement. Je veux dire... Tu es d'accord ?
Cette fois, Luna éclata de rire.
-Depuis quand est-ce que tu te préoccupes de connaître mon avis ? pouffa-t-elle sans avoir l'air de se formaliser.
Drago eut un petit rire contrit et baissa les yeux.
-Bon, tu viens danser ? J'adore cette musique, dit simplement Luna en lui attrapant le bras.
Le sourire de Drago s'élargit et il se laissa guider vers la piste de danse. Effectivement, la musique qui passait était très jolie, assez lente. Une fois en piste, Drago n'eut pas besoin de guide pour passer un bras autour de la taille de sa cavalière et pour lui prendre la main avant de commencer à tournoyer avec toute l'élégance d'un gentilhomme. Trop occupé à regarder Luna droit dans les yeux, il ne vit pas Harry, Ginny, Ron et Hermione se frapper joyeusement dans les mains, un peu plus loin, avant de partir danser à leur tour. La musique prit fin. Drago et Luna retournèrent au buffet se servir un verre. Ron arriva brusquement à coté de lui, Hermione sur ses talons.
-Eh, Malefoy ! Je crois qu'il y a quelqu'un pour toi, lança Ron, avant de repartir danser avec Hermione.
Drago posa son verre et se retourna avec surprise puis s'immobilisa net, bouche bée. A quelques pas de lui, l'air un peu intimidée de se retrouver là, se tenait une femme très blonde qui souriait avec une certaine hésitation mais surtout une joie profonde.
-Maman ?... s'exclama-t-il, stupéfait.
Ils restèrent quelques secondes immobiles puis se tombèrent dans les bras. Il y avait près de six mois qu'ils n'avaient pas eu de nouvelles l'un de l'autre.
-Maman !... répéta-t-il en la serrant contre lui
-Drago, oh, Drago, mon petit garçon, s'étrangla Narcissa Malefoy.
Ils se lâchèrent enfin et Narcissa s'essuya les yeux.
-Non-non-non... Je ne veux pas qu'on pleure le jour du mariage de ma fille, intervint une douce voix tout près d'eux.
Ils sursautèrent brusquement et se tournèrent vers la femme qui leur souriait gentiment.
-Androméda !... bredouilla Narcissa.
Elle hésita un instant sur la conduite à tenir mais Androméda ne lui laissa pas le temps de se poser de question et la prit elle aussi dans ses bras. Les deux s½urs s'étreignirent avant de s'écarter d'un pas. Narcissa sourit à celle qu'elle avait si longtemps reniée à cause de son mariage et garda sa main dans la sienne.
-Je suis heureuse de te revoir, dit-elle avec sincérité.
-Moi aussi, petite s½ur.
Elle se tourna vers le grand jeune homme aussi blond que ses parents.
-Tu dois être Drago ? dit-elle aimablement.
-Bonjour, Tante Androméda, répondit-il en lui tendant la main.
Elle sourit et lui fit la bise.
-Je t'en prie, soyons simple en famille. N'imite pas ton père et ses méthodes guindées.
Narcissa détourna un peu la tête, les yeux brillants de larmes. Androméda lui posa une main sur le bras, compatissante.
-Je suis sincèrement désolée pour Lucius, Cissy. Je ne l'ai jamais beaucoup apprécié, je l'admet, mais je sais à quel point tu l'aimais et je me doute que cela doit être très dur pour toi.
-Merci, murmura Narcissa, la voix un peu enrouée. Je sais bien qu'il avait des défauts, je l'ai toujours su, mais... Notre propre s½ur...
Elle s'interrompit et s'essuya de nouveau les yeux.
-Excuse-moi...
-Je te comprends... répondit doucement Androméda.
Luna s'approcha du petit groupe et interrogea Drago du regard pour lui demander si elle pouvait venir ou s'il préférait qu'elle les laisse seuls. Il lui sourit et lui tendit la main. Une petite diversion tombait à pic histoire de changer de sujet et puisque sa mère était là, c'était l'occasion idéale pour officialiser un peu sa relation toute neuve. Il s'éclaircit la gorge. C'était également le moment de voir si sa mère avait elle aussi prit du recul par rapport aux choses.
-Maman – Tante Androméda – permettez-moi de vous présenter Luna Lovegood, une charmante jeune fille que j'ai rencontré à l'école et que j'ai eu le plaisir de retrouver après avoir définitivement quitté les rangs adverses, expliqua-t-il. Luna, je te présente ma mère, et ma tante Androméda Tonks.
-Lovegood ? répéta sa mère en fronçant les sourcils.
-Oui. Son père est le directeur du Chicaneur, précisa Drago.
-Bonjour, mesdames, dit poliment Luna avec l'un de ses sourires un peu aériens. Ravie de vous rencontrer.
Narcissa paru perplexe. Androméda sourit à la nouvelle venue.
-Ah, oui, bien sûr, le Chicaneur ! Bonjour, Mademoiselle, dit-elle en la prenant aux épaules pour l'embrasser sur les deux joues. Votre père est un vieil ami de mon mari. Ted et lui ont fait leurs études ensemble, même s'ils n'étaient pas dans la même maison. Et ma fille m'a bien sûr parlé de vous.
-J'en suis très honorée, assura Luna. Votre fille est une personne adorable.
-Je crois que mon gendre est du même avis que vous, approuva malicieusement Androméda en les regardant tout les deux enchaîner des figures de Rock'n'roll plus impressionnantes les unes que les autres sous les acclamations d'un cercle d'invités admiratifs, un peu plus loin. Au fait, Cissy, tu devrais aller les saluer ! Tu viens d'arriver, je crois ?
-Oui, en effet. Je sorts à peine du Ministère qui m'a laissé en liberté suite aux recommandations de l'Ordre du Phénix. L'Ordre m'avait placé sous protection dans une cachette sûre. Ils ont préféré me garder quelques temps de plus sous surveillance, de crainte que l'un de... ceux qui ont réussit à s'échapper essayent de s'en prendre à moi, mais je vais pouvoir revenir au manoir, maintenant. Je pense que nous y serons en sécurité. Je te remercie de m'avoir invité ce soir... J'espère que ta fille ne sera pas mécontente de ma présence...
-Allons le lui demander directement, ce sera plus simple, assura Androméda. Mais si j'étais toi, je ne m'inquièterais pas trop ; Ma petite puce n'est pas rancunière et elle fait partit du groupe de personnes qui t'a placé sous protection. Aller, viens, tu pourras faire connaissance avec Remus, tu verras, c'est un homme charmant. Et puis, c'est un peu ton neveu, maintenant !
Elle l'entraîna vers sa fille et son gendre. Narcissa s'apprêtait à la suivre mais s'arrêta un instant encore.
-Tu as bon goût, dit-elle à son fils en adressant un sourire chaleureux à Luna avant de suivre sa s½ur.
Drago et Luna lui rendirent son sourire.
-Je crois que tu as passé le test, murmura Drago à la jeune fille en lui glissant un bras autour de la taille. Bon ! Tu danses ?
-Avec plaisir !
-Chérie, Remus, venez un peu par ici, nous avons une invitée surprise ! fit Androméda en s'approchant du couple.
-Ah bon ? s'étonna Dora. Qui donc ?
Elle suivit le regard de sa mère et son expression rayonnante se figea soudain. Pendant quelques instants, elle se mordilla la joue en dévisageant froidement sa tante.
-Euh... Bonsoir, commença courageusement cette dernière. Toutes mes félicitations pour votre mariage.
-Madame, la salua Remus en s'inclinant légèrement devant elle, avec toute la distinction et la discrétion qui le caractérisait.
-Monsieur Lupin, très heureuse... Euh... Je... Je voulais vous remercier pour... Pour tout ce que vous avez fait pour moi... Et pour Drago...
-Mais c'est bien naturel, répondit aimablement Remus.
Narcissa le remercia d'un sourire puis regarda à nouveau Dora, qui était restée silencieuse.
-Vous... Vous avez beaucoup changé, depuis la dernière fois où nous nous sommes vu...
Dora lui adressa un sourire sec et poli.
-Soyez gentille, évitez de parler du passé. Aujourd'hui est une heureuse journée, répliqua-t-elle d'un ton froid.
-Nymphadora, gronda gentiment sa mère, une note de reproche dans la voix.
La jeune femme leva les yeux au ciel.
-Maman, je t'en pris !... Ne m'appelle pas comme ça, j'ai horreur de ce nom !
-Mais enfin, ma puce ! Comment veux-tu que je t'appelle, c'est pourtant ton prénom !
-Hélas oui, merci de me le rappeler ! grommela Dora.
Remus se mit à rire doucement et embrassa la joue de sa femme.
-Je crois que vous vous trompez, madame, dit-il à l'adresse de Narcissa. Dora n'a pas changé du tout et j'espère bien qu'elle ne changera jamais, pour mon plus grand bonheur. N'est-ce pas, Chérie ?
Dora ne put s'empêcher de sourire.
-Bon. Soyez la bienvenue parmi nous, dit-elle à sa tante d'une voix plus avenante. Plus on est de fous, plus on rit !
-Merci, murmura Narcissa, soulagée et heureuse.
-De rien, c'est de bon c½ur, assura Dora avec un petit sourire. Aller, allez donc prendre un verre au buffet, tantine.
-Volontiers, ce sera avec plaisir, et à votre santé, répondit joyeusement Narcissa.
-Tu vois, qu'est-ce que je t'avais dis !... s'exclama Androméda en partant avec elle vers les tables chargées de victuailles.
Dora les regarda s'éloigner toute les deux avec un sourire de sentiments un peu mitigés aux lèvres.
-Eh, Tonks ! s'exclama Harry en arrivant vers eux.
Il s'immobilisa net et se plaqua les deux mains sur la bouche, s'apercevant qu'il venait de gaffer.
-Euh... désolé, marmonna-t-il, un peu gêné. Je t'appelle comment, maintenant ? Parce que c'est vrai : On ne va tout de même pas t'appeler Dora, c'est ton petit nom...
Remus et Tonks se regardèrent avec un sourire amusé.
-Appelle moi Tonks. Ça restera un surnom, décida-t-elle. Et puis, j'ai passé trop de temps à obliger les gens à m'appeler comme ça, je vais pas revenir en arrière !
Ils rirent tous.
-Ok ! Alors, je voulais te demander cette danse, si monsieur Lupin me le permet !
Remus rit encore plus fort.
-D'accord ! Va pour cette fois ! Mais c'est bien parce que tu es mon témoin !
Harry invita la jeune femme sur la piste dansante.
-Et elle s'appelle revient ! lança de loin Remus en riant toujours.
-Quoi ? Je croyais qu'elle s'appelait Tonks ! répliqua Harry sur le même ton.
-En tout cas, elle ne s'appelle pas Nymphadora ! rétorqua cette dernière, et ils explosèrent de rire.
Remus s'approcha du buffet, le sourire au lèvres. Il repensait à son anxiété du matin ; Décidément, Arthur et Bill avaient raison, il en riait déjà. Drago Malefoy s'approcha en compagnie de Luna.
-Alors, il paraît que vous êtes mon cousin, maintenant ? lança Drago sans détour.
Remus resta instant interloqué avant de réaliser que le jeune homme avait raison.
-C'est vrai, approuva-t-il en souriant, je n'y avait pas pensé. Et bien, bienvenu dans la famille, cousin !
Drago se mit à rire à son tour, avant qu'une cloche ne sonne au loin. Il était minuit. La musique cessa, le tumulte reprit de plus belle. On porta un nouveau toast aux mariés, qui portèrent un toast à tous leurs amis, puis le DJ passa une musique choisie exprès par Ginny pour cette heure précise - « Oh Happy Day » ...
Ron enlaça Hermione en dansant doucement sur la musique.
-Tu es belle comme tout, tu sais ? chuchota-t-il à son oreille.
-D'habitude, je ne le suis pas ? répliqua-t-elle, taquine, en se laissant un peu aller dans ses bras.
-Si. Mais là, tu es heureuse et fatiguée, donc tu es calme, et donc, tu es encore plus belle.
Elle rit et posa sa tête contre son épaule. Il la serra plus fort.
-J'aimerais bien que cette musique ne finisse pas avant des heures, murmura Hermione en glissant ses bras autour de son cou.
-Moi, j'aimerais bien que mes frères décampent, soupira Ron. Et mes parents aussi. Et Harry et Ginny aussi. Tout le monde, en fait. Comme ça, j'aurais peut-être l'occasion de t'embrasser enfin sans témoins, ça changerait, pour une fois...
Hermione releva la tête et le regarda avec une expression espiègle.
-Si Mohamed ne peut aller à la montagne, la montagne ira à Mohamed, répondit-elle énigmatiquement.
-Euh... Ça veut dire quoi, ces histoires de montagnes et de Mohamed ? demanda Ron, un peu décontenancé.
-Ça veut dire que si on ne peut pas faire disparaître tout le monde de cette pièce, nous, en revanche, nous pouvons nous éclipser... souffla Hermione avec un petit sourire un brin aguicheur.
-Dis donc, dit Ron à voix très basse avec le même sourire, tu sais bien cacher ton jeu, toi aussi... Je ne te savais pas si cachottière...
Hermione se mit à rire.
-Non, tu crois ? ironisa-t-elle. Il faut bien que tout le monde garde une part de mystère aux yeux des autres, non ? C'est plus romantique...
-Je ne comprends pas comment ça ce fait que tu ne sois pas meilleure aux échecs. Vu tes talents de stratège et de tacticienne...
-Mmm... Ce n'est pas une tactique. C'est un subtilité. Nuance. Et c'est grâce à des subtilités qu'on s'attache...
-Cheikh Mat. Le roi est mort. Retour à la case départ. La dame a prit le cavalier... murmura Ron, le visage si sérieux qu'elle se sentit rougir.
-Mais toi, tu as prit mon c½ur, riposta-t-elle, moitié tendre, moitié intimidée.
-Je crois surtout que je vais prendre la poudre d'escampette, souffla-t-il à son oreille.
La danse les avait rapproché de l'une des portes-fenêtre entrouverte de la salle de bal, qui donnait sur un grand parc fleuri et buissonneux. Ron vérifia rapidement que personne ne les regardait puis se glissa dans l'entrebâillement de la porte vitrée, entraînant Hermione avec lui.
Harry retint un sourire en les voyant sortir en douce dans le jardin.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Ginny en surprenant son expression malicieuse.
-Rien du tout, assura Harry d'une voix dégagée. C'est dommage, le jardin est occupé, maintenant. J'avais aussi eu cette idée...
-De quoi tu parles ? insista Ginny, sans comprendre.
-De rien, petite curieuse ! Sauf que si jamais ton frère se permet encore la moindre remarque sur nous deux, tu peux être certaine que je ne le raterait pas !...
Ginny éclata de rire.
-Laisse moi deviner : tu as trouvé un moyen de lui faire du chantage ?
-De la pire espèce, très chère amie ! pouffa Harry. Je l'attends au tournant !
Ginny se remit à rire mais ne répondit pas. La musique était passée sur l'une de ses chansons préférées.
« Love me, Tender, Love me sweet,
Never, lend me go...
You have made my love complete,
Then I love you so... »
Ginny se pelotonna contre Harry et se laissa bercer par les notes du slow.
-Dis donc, souffla Harry en lui passant une main dans les cheveux, pour le bouquet de la mariée que tu as reçu...
-Ce sont des histoires, marmonna Ginny, les yeux fermés. Regarde, l'an dernier, c'est Hermione qui l'a eu, et elle n'est pas mariée...
-Oui, mais... le jour de ton mariage... Je serai invité ? demanda doucement le jeune homme.
Ginny sourit sans ouvrir les yeux, la tête toujours posé contre sa poitrine. Elle laissa passer un temps avant de répondre.
-Je crois que le jour où je déciderai de me marier, murmura-t-elle enfin, tu seras le premier prévenu...
Remus se laissa choire sur un fauteuil, Tonks sur ses genoux. Les musiques qui s'enchaînaient étaient plus belles les unes que les autres, et en manquer ne serait-ce qu'une seule était un vrai crève-c½ur. Par contre, n'en rater aucune était crevant tout court !
-Remus ? Tonks ! appela Ginny en s'approchant des jeunes mariés.
-Oui ? Qu'est-ce qu'il y a ?
-J'ai quelque chose pour vous, dit la jeune fille en leur tendant un paquet rectangulaire et assez plat.
Remus le prit avec un froncement de sourcils et un sourire, tentant de deviner à l'avance ce que c'était.
-Merci beaucoup, c'est très gentil. Mais tu sais, nous avons déjà été très gâtés en cadeaux de mariage tout à l'heure, chez tes parents, fit-il remarquer.
-Je sais. Mais ça, ce n'est pas vraiment un cadeau de mariage. On pourrait plutôt dire que c'était une petite projection dans l'avenir...
-Que de mystères, sourit Tonks en attaquant de défaire le paquet.
Elle débarrassa le présent de son emballage coloré et elle et Remus restèrent sans voix devant le porte-cliché fait de bois et de cuivre élégamment arrangé qui encadrait une véritable photo de famille. Enlacés sur un tapis envahis de jouets éparpillés, Remus, Tonks et Timothy dormaient profondément, sans savoir qu'une demi-douzaine de paparazzis les espionnaient. Les Remus et Tonks du présent relevèrent la tête de leurs doubles et regardèrent Ginny, touchés par la petite scène que cette photo garderait à jamais, comme un souvenir impérissable.
-J'ai pensé que vous aimeriez l'avoir, expliqua Ginny. Je l'aurais bien gardé, mais elle sera plus à sa place chez vous.
Sans répondre, Tonks la serra dans ses bras tandis que Remus la remerciait de sa voix douce – et plus pleine d'émotions que d'ordinaire. Oui, c'était vrai. C'était en quelque sorte ce jour-là qu'ils avaient prit conscience qu'ils formaient une famille – ou qu'ils allaient en former une dans peu de temps. Les évènements avaient précipités les choses, hâtés les préparatifs, provoqué des bouleversements inattendus, mais cette photo était belle et bien une prophétie.
-Vous voulez que je vous dise ? lâcha Charlie en regardant la multitude de couples enlacés qui se dandinaient sur la piste de danse. Je crois que nous devrions fonder un club. Le club des célibataires qui s'ennuient à regarder les non-célibataires danser.
Percy, Rogue, Kingsley et Neville approuvèrent d'un signe de tête. Tout les cinq adossés en ligne à une table, les bras croisés, ils commençaient à trouver le temps un peu long. De loin, ils avaient vu Tonks passer de bras en bras et de danses en danses sur à peu près tous les rythmes musicaux existants. Charlie et Kingsley l'avaient aussi fait danser mais la soirée était désormais bien avancée, la musique devenait plus douce, les danseurs plus fatigués, les danses plus intimes et ce n'était plus vraiment des danses de célibataires, qu'ils sachent ou non danser. Soudain, la musique s'arrêta complètement.
-Remuuuuus ? lança Tonks avec un large sourire.
-Ouiiiiii ? répliqua Remus sur le même ton.
Tonks claqua des doigts et un gros disque 45 tours arriva dans sa main.
-Je demande une revanche, déclara-t-elle solennellement.
Remus renversa la tête en arrière en éclatant de rire, de même que toutes les personnes qui avaient fêté le Noël précédent avec eux au Square Grimmaurd.
-Tenu ! riposta-t-il.
-Parfait ! DJ ? A vous les commandes ! s'exclama Tonks en tendant le disque au chauffeur de salle.
-Aller, en place tout le monde ! s'écria Remus en frappant dans ses mains. Tout le monde en ligne !
-C'est une manie, aujourd'hui, marmonna Rogue avec un sourire, faisant rire les plus jeunes de ses voisins.
Remus se plaça à coté de Tonks, tournant le dos à tous les invités derrière eux.
-Je te préviens : je me suis entraînée un quart d'heure chaque jour depuis noël dernier, annonça Tonks à son mari.
-Parfait. Donc, maintenant, tu maîtrises parfaitement tous les petits entrechats de suppléments ?...
-Peut-être pas, admit Dora, mais il faut dire que j'ai quand même eu moins de temps que toi pour m'exercer...
-L'enfance de l'Art, ma chère, sourit Remus sans se laisser démonter. Mais je te promets de tous te les apprendre.
-Merci beaucoup, voilà qui est gentil, répondit affectueusement Tonks.
Remus la regarda avec une gravité qui la fit s'empourprer légèrement et perdre un peu son assurance joueuse.
-Ce sera avec plaisir, Madame Lupin, murmura Remus.
Elle lui sourit avec le même sérieux.
-Je vous en serai gré, Monsieur mon mari.
Les premières notes du Madison s'égrenèrent, lentes, répétitives, si jolies, et ils commencèrent à danser, sans se quitter des yeux.
Hermione se glissa dans discrètement dans la salle avec Ron. La quasi totalité des gens étaient en train de danser un Madison. Ron fit un clin d'½il à la jeune fille et rejoignit le petit groupe de danser, tandis qu'elle allait se servir un verre de jus de citrouille bien frais au buffet. Elle jeta un coup d'½il machinal à son voisin, retourna la tête pour s'assurer qu'elle avait bien vu et ne put s'empêcher de rire.
-Qu'est-ce qu'il y a ? demanda Rogue.
-Rien. Je ne vous avais par reconnu, c'est tout. Je n'ai pas l'habitude de vous voir habillé avec des couleurs, répondit Hermione.
Rogue se mit à rire aussi. Effectivement, son habit bleu nuit, son gilet de satin bleu marine et sa chemise blanche jurait prodigieusement avec la noirceur des vêtements qu'il avait toujours porté depuis sa sortie de l'école – et qui avaient fini par devenir un élément fondamental de la description qu'on pouvait faire de lui.
-Alors, finalement, il vous a plu, ce livre ? demanda allègrement Hermione, continuant leur conversation interrompu plus de six mois plus tôt comme si de rien n'était.
-Beaucoup, répondit Rogue en se retournant vers la salle comble et animée. La fin m'a paru particulièrement réelle. Le héros meure seul juste au moment où ses protégés comprennent la réalité de son action, et sa sépulture tombe dans l'oubli – comme lui.
-Ce n'est qu'une histoire, fit remarquer Hermione. Dans la vraie vie, les choses ne se terminent pas forcément de cette manière.
-Toute légende comporte une part de vérité.
Il resta quelques secondes silencieux.
-Vous savez que vous êtes la première personne à m'avoir offert quelque chose depuis que j'ai dix-sept ans ? dit-il soudain sans la regarder.
Hermione resta quelques instants stupéfaite. Puis se reprit.
-Non, je ne savais pas, répondit-elle calmement. Et vous, combien de choses avait-vous offert à quelqu'un depuis vos dix-sept ans ?
Ce fut au tour de Rogue de rester saisi.
-Un bon conseil : N'attendez pas que la lumière vienne vers vous. Allez vous même vers la lumière. C'est plus difficile au début, mais il y a plus de chances de résultats, assura Hermione.
Rogue se tourna très lentement vers elle et la regarda avec une dangereuse expression d'agacement.
-Vous êtes donc incapable, ne se serait-ce qu'une seule fois dans votre vie, de ne pas avoir raison ? grogna-t-il avec mauvaise humeur, et Hermione éclata de rire.
-Nan, s'exclama joyeusement Ron qui arrivait juste à se moment là, Je crois qu'avoir tort ne rentre pas dans ses cordes !
Rogue se mit à rire tandis qu'Hermione flanquait une tape sur l'épaule de Ron, faussement vexée.
-Ne vous inquiétez pas, vous êtes là pour compenser, railla Rogue.
-Eeeeh oui, c'est ce qu'on appelle un couple, à la fois sur la même longueur d'onde et tout à fait complémentaire, expliqua doctement Ron, refusant de laisser Rogue le casser.
-J'espère au moins que mon incapacité à avoir tort vous prouvera que je n'ai rien d'un « cornichon à qui vous dispensez habituellement vos cours », rétorqua froidement Hermione.
Ron se mit à hurler de rire.
-Vous êtes donc à ce point rancunière ? releva Rogue. En fait, c'est une entrée en matière que je faisais assez souvent avec les première année, quels que soient les élèves présents dans la classe. Vous n'étiez pas plus visée que n'importe qui.
-Ce n'est pas de la rancune, fit Hermione d'un ton digne. C'est de la mémoire. Vous ne savez pas voir les nuances, vous non-plus.
-QUOI ? bondit Rogue, tellement scandalisé qu'il prononça « Quoa ? », tandis que Ron se raccrochait à la table pour ne pas tomber, hilare. C'est à moi que vous dites ça ? A moi, un Maître des Potions ?
-A qui ai-je l'air de parler ? répondit froidement Hermione, pas du tout impressionnée. Au pape ? Ou peut-être à Buck ?
Ron, riant aux larmes, fit signe à Rogue de laisser tomber et Rogue les regarda partir tout les deux sur la piste de danse en secouant la tête, un petit sourire en coin. Le Madison avait prit fin. Arthur invita Tonks à danser et Remus alla à son tour se servir un verre juste à coté de Rogue.
-Je savais bien que j'aurais dû dormir un peu avant le grand jour, bâilla Remus, qui avait un peu de mal à rester debout. Mais qui pense à dormir la veille de son mariage...
-Qu'est-ce qui se passerait si je disais dans ce micro que Nymphadora et toi êtes déjà partis en lune de miel, il y a de cela déjà quelques semaines ? répondit narquoisement Rogue, que l'ambiance festive semblait rendre curieusement plus facétieux que de coutume.
-Je me ferais charrier jusqu'à la fin de mes jours par toutes les personnes ici présentes, assura tranquillement Remus en avalant d'un trait son verre d'hydromel. Et j'aurais une excellente excuse pour dire dans ce même micro qu'est-ce que tu gardes dans la poche intérieur de ta veste.
Rogue lui jeta un regard en biais, mi-figue, mi-